L'Université Côte d'Azur disposera-t-elle des moyens nécessaires pour rivaliser avec les plus grandes ? Son président, Jeanick Brisswalter, a exposé le 27 mai 2026, dans un entretien accordé à Challenges, les grandes lignes de sa stratégie de rayonnement, tout en lançant un cri d'alarme sur le sous-financement chronique de son établissement par l'État.
Des axes de recherche d'excellence
Labellisée Initiative d'Excellence (IDEX), l'université niçoise, qui compte 32 000 étudiants et 350 000 alumni, a fait le choix d'une organisation en huit écoles universitaires de recherche, abolissant les traditionnelles UFR. Cette interdisciplinarité, promue dès 2016, vise à répondre aux grands enjeux contemporains.
Parmi les axes forts, Brisswalter cite l'intelligence artificielle, les sciences de la Terre et de l'univers (astrophysique), la santé (vieillissement et bien-être), les territoires intelligents face aux risques environnementaux, les universités culturelles et créatives (réalité augmentée, nouvelles écritures), et les nouveaux matériaux pour les technologies quantiques. L'université se distingue aussi par des pépites : le bio-contrôle, où elle est un centre de référence sur les pesticides, la bio-archéologie, qui assure un fort rayonnement international, et le parfum, travaillé sur le campus de Grasse.
Un fonctionnement par « écoles » pour décloisonner
Pour incarner ce décloisonnement, Brisswalter donne l'exemple de l'école Digital Systems for Humans (DS4H), l'une des huit écoles de recherche. Elle réunit 13 laboratoires de recherche, mêlant sciences numériques et sciences sociales. Les étudiants peuvent y suivre des majeures (informatique, électronique, droit du numérique) et des mineures (économie, sociologie). Cette approche transversale vise à former des profils capables de penser les impacts sociétaux de la digitalisation.
Un appel aux fonds privés vital
Mais le président de l'Université Côte d'Azur dresse un constat amer sur ses finances. « Les dotations de l'État que nous recevons sont, pour une raison inexpliquée et parfaitement opaque, 25 % inférieures à celles des autres universités d'excellence », affirme-t-il. Ce différentiel de moyens le contraint à chercher des ressources ailleurs.
« Les fonds privés nous permettent de vivre et de continuer », insiste Jeanick Brisswalter. L'université multiplie les partenariats avec les collectivités locales et les entreprises. Il cite la collaboration avec le géant du parfum Robertet, basé à Grasse, qui a besoin de compétences spécifiques que l'université s'emploie à fournir, ainsi qu'avec le Medef local (UPE6). Ces partenaires financent des projets et des chaires, présentés comme des objets communs public-privé.
Un club alumni pour renforcer l'influence
Pour structurer ce rayonnement, l'université a lancé le 21 mai 2026 au Sénat, à l'invitation de la sénatrice des Alpes-Maritimes Alexandra Borchio Fontimp, le « Club 100 Alumni ». Cette communauté réunit des diplômés aux parcours remarquables, engagés pour accompagner les talents, soutenir les projets d'avenir et renforcer la visibilité de l'Université Côte d'Azur en France et à l'international.
Le modèle niçois, fondé sur une recherche de pointe et un ancrage territorial fort, semble ainsi conjuguer excellence académique et dépendance croissante aux financements privés, dans un contexte où les dotations publiques sont jugées insuffisantes par sa direction.