Le paradoxe fiscal de TotalEnergies

TotalEnergies a annoncé un bénéfice net mondial de près de 11 milliards de dollars pour l'exercice 2025. Pourtant, en France, le groupe déclare une perte comptable, ce qui réduit quasiment à néant son impôt sur les sociétés dans l'Hexagone. Selon les documents officiels, la contribution du groupe au titre de l'impôt sur les sociétés en France s'est élevée à seulement 83 millions d'euros en 2025.

Des mécanismes bien rodés

Comment expliquer cet écart ? L'essentiel des profits de TotalEnergies provient de ses activités de trading de pétrole et de gaz. Ces opérations sont réalisées via des filiales situées en Suisse (notamment Total Trading) et à Singapour. Ces entités enregistrent les marges bénéficiaires, tandis que les activités françaises – raffinage, pétrochimie – sont lourdement déficitaires en raison des coûts d'investissement et des amortissements.

Par ailleurs, le groupe bénéficie de plusieurs dispositifs fiscaux français, comme le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (C3IV) et le crédit d'impôt recherche (CIR). Ces avantages viennent encore réduire la base imposable de ses entités tricolores.

La controverse Zucman

L'économiste Gabriel Zucman, spécialiste des paradis fiscaux, a publiquement mis en cause la stratégie de TotalEnergies lors d'une audition parlementaire. « Vous êtes très fort pour délocaliser vos profits », a-t-il lancé à l'adresse des dirigeants du groupe, estimant que le transfert des bénéfices vers des juridictions à faible taxation constituait une forme d'optimisation fiscale agressive.

La réponse du groupe

TotalEnergies a fermement rejeté ces accusations. Dans un communiqué, la direction assure que « l'accusation d'optimisation fiscale ne résiste pas aux faits ». Elle rappelle que les profits du trading sont réalisés là où se trouvent les équipes et les activités commerciales, c'est-à-dire en Suisse et à Singapour. Le groupe souligne également que ses activités françaises de raffinage sont structurellement peu rentables, voire déficitaires, et qu'il investit massivement dans l'Hexagone – ce qui lui permet de bénéficier des crédits d'impôt prévus par la loi.

TotalEnergies précise par ailleurs payer des impôts dans les pays où il opère, et que son taux effectif d'imposition global est comparable à celui d'autres majors pétrolières.

Un débat sur la justice fiscale

Cette affaire relance le débat sur l'optimisation fiscale des grandes entreprises. Plusieurs élus et associations réclament une réforme de la fiscalité internationale afin d'empêcher le transfert des bénéfices vers des paradis fiscaux. De son côté, le gouvernement français a renforcé ses moyens de contrôle, mais les dispositifs complexes de prix de transfert rendent les contestations difficiles.

Le cas TotalEnergies illustre la difficulté de concilier compétitivité des entreprises et justice fiscale, alors que le groupe réalise la majeure partie de ses profits hors de France tout en continuant à bénéficier de soutiens publics sous forme de crédits d'impôt.