Une hausse structurelle de l'absentéisme

L'absentéisme dans le secteur privé français poursuit sa progression et ne montre aucun signe de retour aux niveaux d'avant la pandémie de Covid-19. Selon une étude publiée mardi 9 juin par l'organisme Malakoff Humanis, le taux d'absence a grimpé de 25,5 % entre 2019 et 2025 pour atteindre 4,3 %. Les auteurs de l'étude estiment que « les niveaux pré-Covid sont durablement derrière nous » et que « la rupture intervenue en 2020 n'a pas été suivie d'un retour à la normale ». Cette analyse s'appuie sur les données de 3,8 millions d'assurés, un sondage mené auprès de 3 000 salariés et le suivi médical de 300 000 arrêts de longue durée.

Les cadres : une progression plus marquée

Bien que les cadres soient moins souvent absents que la moyenne des salariés, leur situation évolue rapidement. Leur taux d'absentéisme a bondi de 35,2 % sur la même période, une hausse nettement supérieure à celle enregistrée pour l'ensemble des actifs du privé. La durée moyenne de leurs arrêts atteint désormais 20,2 jours, contre des périodes plus courtes avant la crise sanitaire. Ce phénomène s'inscrit dans un contexte plus large : les salariés les plus âgés connaissent également des arrêts plus longs, un effet attribué au vieillissement de la population active.

La santé mentale, premier motif des absences longues

L'étude met en lumière un basculement dans les causes des arrêts de travail. Les troubles de santé mentale constituent désormais la première raison des absences de plus de trente jours, devançant les troubles musculosquelettiques et la traumatologie. Cette évolution reflète une dégradation du bien-être psychologique au travail, un phénomène qui inquiète de plus en plus les entreprises.

« Polyabsentéisme » chez les jeunes

Les jeunes salariés se distinguent par une tendance à multiplier les arrêts courts au cours d'une même année. Les chercheurs qualifient ce phénomène de « polyabsentéisme », qu'ils interprètent comme le signe « d'un rapport au travail qui se construit sur des bases fragilisées ». Ce constat suggère que les nouvelles générations pourraient développer une relation plus précaire à l'emploi, avec des conséquences sur leur santé et leur engagement professionnel.

Les entreprises préoccupées mais peu actives

La progression de l'absentéisme suscite une inquiétude croissante dans le monde patronal. Selon l'enquête, 63 % des entreprises considèrent désormais ce sujet comme une source de préoccupation majeure. Pourtant, plus d'une société sur deux n'a mis en place aucune mesure spécifique pour enrayer le phénomène ou accompagner les salariés concernés. Malakoff Humanis recommande de renforcer les actions de prévention et de faciliter le retour au travail après un arrêt maladie, notamment par le recours au temps partiel thérapeutique ou à l'aménagement des postes.