Les relations déjà tendues entre Washington et Rome ont connu une nouvelle secousse après les déclarations de Donald Trump à propos de Giorgia Meloni. Lors d’un entretien téléphonique accordé à une chaîne de télévision italienne, le président des États-Unis a rapporté que la dirigeante italienne l’avait « supplié » de poser à ses côtés en marge du sommet du G7 qui s’est tenu cette semaine à Évian-les-Bains, en France.

« Elle m’a supplié de faire une photo avec elle ; j’ai eu pitié d’elle », a déclaré le chef d’État américain, selon la retranscription de ses propos. La version originale des paroles de Donald Trump n’a pas été diffusée, la chaîne ayant choisi de les faire doubler en italien. Le président a ajouté, en évoquant les images ayant capté les échanges entre les deux dirigeants, que Mme Meloni était « probablement heureuse qu’il lui ait parlé ».

La réaction de Giorgia Meloni ne s’est pas fait attendre. Dans une brève adresse vidéo postée sur son compte Instagram, suivi par sept millions d’abonnés, la Première ministre a affirmé être « franchement stupéfaite » par cette version. « Je ne sais pas pourquoi le président américain se comporte ainsi avec les alliés », a-t-elle déclaré, soulignant que ce n’était pas la première fois que la situation se produisait. « Tout ce que je peux dire, c’est qu’il est regrettable qu’il ne fasse pas preuve de la même détermination envers les ennemis de l’Occident et les ennemis des États-Unis – des ennemis dont les dirigeants lui semblent bien plus accommodants », a-t-elle poursuivi, avant de conclure : « Mais il y a une chose qu’il doit retenir : ni moi ni l’Italie ne mendions jamais. »

Un fossé qui s’élargit

Cet échange public illustre la dégradation rapide des liens entre les deux personnalités politiques, pourtant saluées il y a encore quelques mois comme des alliées naturelles sur la scène mondiale. Élue en 2022, Giorgia Meloni avait été la seule dirigeante européenne à se rendre à l’investiture de Donald Trump en janvier 2025, et elle était perçue par ses homologues de l’Union européenne comme une possible « trait d’union » entre le Vieux Continent et l’administration américaine.

Mais l’entente a cédé le pas à des désaccords profonds, principalement au sujet de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran. La Première ministre italienne s’est ouvertement opposée à cette intervention militaire. En avril, Donald Trump avait déjà exprimé sa déception dans un entretien avec un quotidien italien, déclarant : « Je pensais qu’elle avait du courage, mais je me suis trompé. » Plus récemment, le président américain avait également critiqué le pape Léon XIV, le qualifiant de « faible en matière de criminalité et terrible en politique étrangère », une sortie que Giorgia Meloni avait jugée « inacceptable ».

Soutien unanime en Italie

Les propos de Donald Trump ont provoqué une onde de choc dans la classe politique italienne, qui a rapidement serré les rangs autour de sa cheffe de gouvernement. Le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a immédiatement téléphoné à Giorgia Meloni pour lui exprimer son soutien.

Les réactions n’ont pas tardé à fuser de tous les bords de l’échiquier politique. Filippo Sensi, sénateur de l’opposition de gauche (Parti démocrate), a estimé que personne n’avait le droit de s’adresser à un Premier ministre italien sur un ton aussi arrogant. Giuseppe Conte, chef du Mouvement 5 étoiles, a jugé que l’Italie ne méritait pas une telle humiliation, ajoutant que la quête de faveurs auprès de Washington ne devait jamais se faire au détriment de la dignité nationale et des intérêts du pays.

Dans les rangs de la majorité, Lucio Malan, chef du groupe au Sénat du parti Frères d’Italie, a relevé que les paroles de Donald Trump s’inscrivaient dans un schéma plus large de remarques offensantes qu’il adresse à divers dirigeants européens, et qu’elles nuisaient avant tout à sa propre image et à son autorité. M. Malan a estimé que les images du G7 montraient une dynamique très différente de celle décrite par le président américain, et a suggéré que ce qui contrariait véritablement ce dernier était le refus de Giorgia Meloni de céder aux exigences américaines lorsqu’elle l’estimait nécessaire. Matteo Salvini, allié gouvernemental et chef de la Ligue, a sobrement déclaré : « Quiconque attaque Giorgia attaque nous tous. »

Conséquences diplomatiques

L’escalade verbale a déjà eu des répercussions pratiques. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a annulé un déplacement prévu aux États-Unis, selon les informations disponibles. La Maison-Blanche n’avait pas, dans l’immédiat, réagi publiquement aux accusations de la dirigeante italienne. La scène du G7, où les deux responsables avaient été filmés en conversation soutenue sur un petit canapé, semble désormais appartenir à un passé diplomatique révolu.