Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a ordonné le réexamen de 70 000 dossiers judiciaires concernant des enfants, a-t-on appris ce mardi. Cette mesure intervient alors que l’affaire Lyhanna, une fillette de 11 ans disparue fin mai et retrouvée morte le 4 juin, suscite une vague d’indignation dans le pays. Le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, s’est efforcé de reprendre la main en réunissant les ministres concernés pour trouver des réponses face aux défaillances présumées du système judiciaire.
Une plainte déposée contre l’État et le ministre
La famille de la victime et plusieurs associations ont déposé une plainte pour « négligence grave » contre l’État et le garde des Sceaux. Ils leur reprochent de ne pas avoir protégé l’enfant, alors que le principal suspect, un homme de 42 ans, avait déjà été mis en cause dans des affaires de violences sexuelles sur mineurs. Selon les plaignants, ces antécédents n’ont pas été suffisamment pris en compte par la justice, ce qui aurait permis le drame.
70 000 dossiers passés au crible
Pour répondre à la crise, Gérald Darmanin a annoncé une vaste opération de vérification. Les parquets généraux ont été invités à contrôler l’ensemble des procédures en cours ou closes relatives à des violences sur enfants. Le chiffre de 70 000 dossiers a été avancé par le ministère. L’objectif est de détecter d’éventuelles négligences ou erreurs d’appréciation similaires à celles qui auraient entouré l’affaire Lyhanna. Cette mesure sans précédent vise à restaurer la confiance dans l’institution judiciaire, sévèrement ébranlée.
Des manifestations dans plusieurs villes
Depuis la découverte du corps de l’enfant, des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs grandes villes, notamment devant le palais de justice de Paris. Des milliers de personnes, souvent rassemblées à l’appel du mouvement #NousToutes, ont exprimé leur colère contre un système jugé « dépassé » et « incapable de protéger les plus vulnérables ». Les manifestants réclament des réformes profondes et, pour certains, la démission du ministre de la Justice.
Des pistes de réforme évoquées
Confronté à cette pression populaire, le gouvernement a esquissé plusieurs pistes. Parmi elles, la possibilité de rendre la récidive d’agression sexuelle sur mineur passible de la perpétuité réelle, c’est-à-dire une peine incompressible. Des discussions sont en cours entre le Premier ministre, le garde des Sceaux et d’autres membres de l’exécutif sur la manière de renforcer la protection de l’enfance. Une réunion de travail a rassemblé les procureurs généraux pour coordonner la réponse judiciaire.
Un système « submergé »
Plusieurs experts et associations alertent depuis des années sur l’état du système judiciaire français, qu’ils décrivent comme « submergé » et « structurellement défaillant » face aux violences faites aux enfants et aux femmes. Le manque de moyens humains et matériels, ainsi que des procédures trop longues, sont régulièrement pointés du doigt. L’affaire Lyhanna apparaît comme le symptôme d’une crise plus large, que le gouvernement promet de traiter en priorité.