Face à l'indignation croissante suscitée par l'enlèvement et le meurtre de Lyhanna, 11 ans, le garde des Sceaux a ordonné le réexamen de près de 70 000 dossiers concernant des enfants. Cette annonce intervient alors que la ministre de la Justice est visée par une plainte pour « négligence grave » et que le gouvernement se réunit en urgence pour renforcer la protection de l'enfance.
Une plainte pour « négligence grave »
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, et l'État français sont poursuivis pour « négligence grave » après la révélation que le principal suspect de l'assassinat de Lyhanna avait déjà été mis en cause pour des viols sur mineurs sans que la justice ne donne suite. L'annonce de cette action en justice, rapportée par l'entourage de la famille et des associations, met en lumière les failles systémiques du traitement des violences sexuelles sur enfants.
Des milliers de dossiers à rouvrir
Selon des sources proches du ministère, Darmanin a ordonné une vérification systématique de 70 000 dossiers où des enfants ont déposé plainte pour agression sexuelle ou viol, afin de s'assurer qu'aucune procédure n'a été abandonnée par erreur ou par manque de moyens. Ce chiffre colossal illustre l'ampleur du défi auquel fait face la justice française, dont les services sont décrits comme « submergés ». Des magistrats et des syndicats de police évoquent depuis des années un manque chronique d'effectifs et de formations spécifiques.
Un suspect déjà connu
Le meurtrier présumé de Lyhanna, interpellé peu après la découverte du corps le 4 juin près de Fleurance, avait été mis en examen pour viol sur une autre mineure en 2021, mais l'affaire avait été classée sans suite faute de preuves suffisantes. Des associations comme #NousToutes pointent du doigt un « échec collectif » et réclament une refonte en profondeur de la prise en charge judiciaire des victimes.
Mobilisation politique au plus haut niveau
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a convoqué une réunion interministérielle avec les ministres de la Justice et de l'Intérieur pour « mieux traiter les cas d'abus sexuels sur enfants ». À l'issue de cette rencontre, le gouvernement a promis un plan d'action « dans les prochains jours ». L'opposition et plusieurs élus locaux, notamment dans le Gers où le drame s'est produit, réclament la démission de Darmanin, qu'ils jugent politiquement responsable des défaillances.
Une société sous le choc
La mort de Lyhanna a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté le 8 juin devant le palais de justice de Paris, brandissant des pancartes « Justice pour Lyhanna » et dénonçant l'impunité. De nombreuses écoles ont organisé des minutes de silence. L'enquête, confiée à la police judiciaire de Toulouse, se poursuit pour déterminer les circonstances exactes du drame.
Des annonces qui peinent à convaincre
Si l'ordre de réexamen des 70 000 dossiers est salué comme un premier pas, plusieurs voix, parmi les juges pour enfants et les défenseurs des droits de l'enfant, jugent la mesure insuffisante sans moyens humains et financiers supplémentaires. Ils soulignent qu'un tel volume d'archives nécessite des mois de travail et des effectifs spécialisés, que la chancellerie peine à recruter. Le gouvernement promet d'annoncer « rapidement » des crédits et des réformes de procédure.