Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a ordonné le réexamen de 70 000 dossiers liés à des enfants, a-t-on appris de sources officielles. Cette décision fait suite à la vive émotion provoquée par le meurtre de Lyhanna, une fillette de 11 ans, tuée il y a deux semaines dans le sud-ouest de la France. Les funérailles de l'enfant se sont déroulées dans la petite commune de Fleurance, à 50 kilomètres à l'ouest de Toulouse, en présence de nombreux habitants venus lui rendre hommage. Des maires du département du Gers ont appelé à des rassemblements devant les mairies, où les drapeaux ont été mis en berne.
Les défaillances ayant précédé le drame
L'affaire a suscité une vague d'indignation dans tout le pays après qu'il est apparu que le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, avait été dénoncé il y a neuf mois pour des violences sexuelles présumées sur une fillette de 10 ans. Malgré cette dénonciation, il n'avait jamais été interrogé par les enquêteurs. Les autorités américaines avaient également alerté la police française après avoir détecté que Barella consultait en ligne des images d'abus sexuels sur mineurs. Ce signalement, reçu en 2023, avait toutefois été jugé « faible » par l'Office national des mineurs (OFMIN), qui traite environ 300 000 signalements par an. Les forces de l'ordre n'ont découvert ces alertes qu'après avoir effectué une recherche au nom de Barella suite à son arrestation.
Nouvelles accusations et enquêtes
De nouvelles allégations sexuelles ont émergé, non seulement contre Jérôme Barella, mais aussi contre son père et son frère. Mercredi, le frère de Barella, Yannick, a été mis en examen pour viol, à la suite de plaintes déposées par deux femmes. L'une d'elles était mineure au moment des faits présumés, l'autre est son ancienne compagne. Yannick avait été placé en garde à vue cette semaine alors qu'il était venu au dépôt de plainte pour dénoncer une diffamation. Il conteste les accusations portées contre lui. Le père des deux hommes, Joël Barella, 71 ans, a également été visé par une enquête après la réouverture, cette semaine, d'une affaire datant de 2019 dans laquelle il est soupçonné d'avoir abusé sexuellement de la petite-fille de sa compagne. Une seconde petite-fille a aussi fait état d'abus dans les médias français. Il a toujours nié les faits.
Réactions politiques et exigences de réforme
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a résisté aux appels à la démission. Un sondage publié vendredi indique que deux tiers des personnes interrogées estiment qu'il devrait rester en poste. Pour sa part, il a déclaré que les erreurs commises avant le meurtre de Lyhanna ne résultaient pas d'un manque de moyens ou d'effectifs, mais d'un défaut de priorisation d'une affaire manifestement grave.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s'est engagé à durcir l'arsenal juridique en allongeant les peines de prison pour les violeurs d'enfants et en fixant un délai pour les enquêtes sur les accusations d'abus sexuels sur mineurs. De leur côté, des associations militantes réclament une loi-cadre sur les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, ainsi qu'une ligne budgétaire de 2,7 milliards d'euros pour la mettre en œuvre. Elles ont promis d'organiser des manifestations devant les tribunaux du pays tous les lundis. « Ce ne sont pas des crises d'hystérie féminine. Nous avons besoin d'un changement structurel », a déclaré Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
Contexte plus large
Cette affaire intervient dans un climat de préoccupation croissante quant au traitement des crimes sexuels contre les femmes et les mineurs par le système judiciaire français. La mairie de Paris a dû faire face à des accusations de négligence après que plusieurs assistantes scolaires ont été mises en examen pour abus sexuels. Par ailleurs, cette semaine, le célèbre chanteur Patrick Bruel a été mis en examen pour viol et agression sexuelle, ce qu'il nie.
Les funérailles et la mobilisation
Lors de l'inhumation de Lyhanna, la foule a défilé avec une banderole portant le message « plus jamais ça » et une photo de la fillette. La cérémonie funèbre a rassemblé la famille et les habitants de Fleurance. La petite Lyhanna avait été vue pour la dernière fois dans la voiture de Jérôme Barella, le vendredi de sa disparition, après sa sortie de l'école. Barella a été arrêté trois jours plus tard, et le corps de l'enfant a été retrouvé huit jours après dans une ferme voisine. Ce crime horrible s'est transformé en scandale national, révélant l'ampleur des défaillances officielles qui ont permis au suspect de rester en liberté.
Mesures annoncées
Le réexamen des 70 000 dossiers ordonné par le garde des Sceaux vise à identifier d'éventuels manquements similaires et à éviter que de telles tragédies ne se reproduisent. Cette mesure s'inscrit dans le cadre des annonces gouvernementales pour répondre à la colère publique et aux critiques sur le fonctionnement de la justice.