Une vague de contestation sans précédent a secoué Israël lundi 1er juin, alors que des dizaines de milliers de manifestants ultra-orthodoxes ont paralysé des axes routiers et ferroviaires majeurs pour protester contre l’obligation de servir dans l’armée. Les heurts avec les forces de police ont été particulièrement violents, en particulier à Jérusalem-Ouest où les agents ont employé des canons à eau, des grenades assourdissantes et des chevaux pour tenter de disperser la foule. Des images montrent des policiers extirpant des protestataires de dessous un bus, tandis que plusieurs véhicules ont été incendiés.
Les perturbations ont été massives dans le centre du pays. À Jérusalem et dans la région métropolitaine de Tel-Aviv, des autoroutes ont été fermées et les transports publics interrompus. La police a indiqué que les manifestants avaient bloqué des carrefours importants et qu’un soldat descendu d’un bus à proximité d’un rassemblement avait été pris pour cible et agressé. Les forces de l’ordre ont eu toutes les peines à reprendre le contrôle de la situation.
La cause de cette mobilisation est l’épineuse question du service militaire obligatoire. En Israël, la conscription s’applique à la plupart des hommes et des femmes juifs. Cependant, depuis la création de l’État, les partis politiques ultra-orthodoxes ont obtenu des exemptions pour leurs fidèles, leur permettant de se consacrer à l’étude dans des séminaires religieux (yechivas) plutôt que d’effectuer leur service. Ce régime dérogatoire est aujourd’hui de plus en plus contesté par une partie de la population et par la justice.
Ce bras de fer dure depuis plusieurs années et a déjà provoqué des crises politiques à répétition. La menace de voir ces exemptions supprimées ou réduites a mis à l’épreuve la coalition gouvernementale, les partis ultra-orthodoxes faisant de leur maintien une condition de leur participation. Les manifestations de lundi marquent une escalade dans ce conflit sociétal qui divise profondément le pays.
Les autorités n’ont pas fait état de bilan officiel des blessés, mais les affrontements ont donné lieu à de nombreuses interpellations. Le mouvement de protestation, bien que ponctuel, semble devoir se poursuivre tant que le statu quo sur l’exemption militaire ne sera pas tranché, que ce soit par une nouvelle législation ou par une décision de justice.