De violents affrontements ont éclaté mercredi soir en Israël, lorsqu'un groupe de dizaines d'ultra-orthodoxes radicaux a pris d'assaut la résidence d'un haut magistrat pour dénoncer l'obligation militaire qui leur est désormais imposée. Le domicile du juge Noam Sohlberg, membre de la Cour suprême, situé dans la colonie d'Alon Shvut en Cisjordanie, a subi des dégradations matérielles, ont rapporté les forces de l'ordre.
L'enquête policière, rendue publique jeudi, fait état de 65 suspects placés en garde à vue pour leur participation à ces troubles. Les autorités peinent encore à déterminer les motifs précis de la prise pour cible de ce magistrat en particulier, mais plusieurs observateurs soulignent que c'est la haute juridiction qui, il y a deux ans, avait officiellement abrogé l'exemption de service militaire dont bénéficiaient les hommes juifs ultra-orthodoxes, appelés Haredim en hébreu. Depuis cet arrêt, pourtant, la grande majorité d'entre eux continue de ne pas répondre aux convocations.
Une question brûlante à l'approche des élections
Cette question de l'exemption constitue l'un des sujets les plus clivants au sein de la société israélienne, dans un contexte marqué par près de trois années de conflits régionaux. Le service militaire est obligatoire pour la plupart des citoyens à partir de 18 ans, et les guerres récentes, notamment celle déclenchée dans la bande de Gaza après l'attaque du Hamas en octobre 2023, ont accru les besoins en effectifs de l'armée.
L'exemption était historiquement accordée aux hommes haredim qui se consacrent à l'étude intensive de la Torah. Si un petit nombre a depuis rejoint les rangs de Tsahal, les éléments les plus durs de la communauté redoutent que l'armée, perçue comme un creuset de la société israélienne, ne pousse les jeunes religieux à s'éloigner de la pratique.
La question de la conscription des ultra-orthodoxes devrait occuper une place centrale lors des élections législatives prévues pour l'automne prochain, ce qui ajoute une pression supplémentaire sur le gouvernement de coalition.
Condamnations officielles et mise en garde présidentielle
Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a fermement dénoncé les violences dans la nuit de mercredi à jeudi. Son cabinet a indiqué qu'il s'était entretenu avec le juge Sohlberg et qu'il exigeait des forces de l'ordre qu'elles adoptent une ligne dure à l'encontre des émeutiers.
Le président de l'État, Isaac Herzog, dont le rôle est avant tout cérémoniel, a également condamné l'attaque contre le domicile et la famille d'un magistrat. Il a lancé un appel à l'unité et à la cessation de toute violence politique, prévenant : « Nous sommes à un pas du désastre. » Cette déclaration fait écho à une prise de parole du chef de l'État un mois plus tôt, où il dénonçait « un terrible processus de brutalisation » et une recrudescence de la violence de la foule au sein de la société israélienne.
Des partis ultra-orthodoxes entre deux feux
Le gouvernement de droite de M. Nétanyahou s'appuie sur le soutien de partis politiques ultra-orthodoxes. Ceux-ci se sont retrouvés dans une position délicate : deux d'entre eux, membres de la coalition, ont publié une déclaration conjointe condamnant les violences commises au domicile du juge Sohlberg, tout en dénonçant parallèlement « la campagne persistante de persécution et de piétinement des érudits de la Torah par les juges de la Cour suprême ». Ils ont averti que ces mesures « mèneraient à la radicalisation et à l'anarchie », un avertissement qui semble aujourd'hui trouver un écho dans les événements.
Une escalade dans un climat de tensions multiples
Ces troubles surviennent dans un climat social déjà très tendu. L'armée israélienne affirme manquer de plusieurs milliers de soldats et les réservistes sont rappelés de manière répétée, souvent pour des périodes de centaines de jours, ce qui alimente un ressentiment croissant envers les Haredim, perçus par de nombreux Israéliens comme se soustrayant à l'effort national.
Par ailleurs, cette émeute s'inscrit dans le cadre plus large des efforts du gouvernement pour réduire les prérogatives du pouvoir judiciaire, un autre sujet de profonde polarisation. Récemment, des groupes ultra-orthodoxes ont intensifié leurs actions, bloquant des axes autoroutiers majeurs pendant plusieurs heures ou prenant d'assaut un commissariat de police à Beit Shemesh, une localité proche de Jérusalem.
Les autorités avaient déjà procédé à des interpellations limitées de Haredim pour insoumission après l'envoi d'ordres de convocation. La violence inédite de l'attaque contre le domicile d'un juge marque un nouveau palier dans ce conflit social, dont l'issue politique reste incertaine.