La Cour des comptes, assistée de la chambre régionale des comptes de Bretagne, a rendu public le 9 juillet un rapport accablant sur la lutte contre les algues vertes. Cinq ans après une première évaluation déjà très critique, les magistrats financiers dressent un constat sans appel : les pouvoirs publics n'ont pas pris la mesure du problème et les résultats escomptés restent très en deçà des objectifs.
Une prolifération qui s'étend dans les vasières
Si les plages bretonnes bénéficient d'un ramassage estival régulier, les vasières – ces zones littorales de sédiments fins – concentrent désormais 84 % des surfaces touchées par les algues vertes, principalement dans le Morbihan. Or, selon le rapport, aucune stratégie spécifique n'a été définie par l'État pour ces milieux, qui constituent un angle mort des politiques de lutte. La Cour appelle à réviser les schémas d'aménagement et de gestion des eaux afin d'y intégrer des objectifs de limitation de l'eutrophisation et des échouages.
La cause identifiée : les nitrates agricoles
Les magistrats rappellent que la prolifération est directement liée aux excès de nitrates dans les cours d'eau, issus à plus de 90 % des activités agricoles. « Réduire ces apports azotés constitue le seul levier d'action efficace pour limiter la prolifération d'algues vertes », soulignent-ils. Pour y parvenir, il faudrait ramener les concentrations entre 10 et 25 milligrammes par litre selon les cours d'eau. Or, la moyenne actuelle dans les huit baies concernées par les plans de lutte dépasse encore 33 mg/l.
L'exemple de la baie de Saint-Brieuc, la plus touchée, est particulièrement révélateur : « Sans l'évolution des modes de production, (élevage porcin intensif), il est illusoire d'espérer réduire significativement les flux de nitrates dans les cours d'eau de la baie », écrivent les auteurs du rapport.
Des demandes réitérées sans suite
La Cour des comptes renouvelle plusieurs recommandations déjà formulées en 2021. Elle demande notamment que les services de l'État chargés du contrôle environnemental obtiennent un accès rapide, complet et gratuit à toutes les bases de données d'identification animale. Une mesure jugée indispensable pour cibler les exploitations les plus contributrices en azote. Elle réclame également que les aides accordées aux coopératives porcines, laiteries et légumeries soient conditionnées à des engagements concrets sur la réduction des fuites d'azote. Sur ces deux points, rien n'a été fait.
Quelques progrès, mais très limités
Le rapport note que des moyens supplémentaires ont été déployés et que de nouvelles obligations ont été instaurées. Cependant, les résultats restent insuffisants. Seules trois baies – Saint-Brieuc, La Forêt et Douarnenez – se sont vu fixer un seuil de concentration de nitrates permettant de diviser par deux les échouages. Ce sont d'ailleurs les seules à enregistrer une baisse des échouages d'algues vertes, selon la Cour.
En l'absence de mesures plus ambitieuses sur les pratiques agricoles, notamment dans les élevages intensifs, les magistrats estiment que la situation ne pourra pas s'améliorer durablement. Le rapport constitue une nouvelle alarme adressée aux autorités, alors que le phénomène des algues vertes continue de marquer les plages bretonnes chaque été, avec des conséquences sanitaires et économiques.