Gradium a officialisé ce jeudi le franchissement du cap des 100 millions de dollars de financement lors d'une extension de son tour d'amorçage. La start-up, basée à Paris et concentrée sur le développement de technologies vocales ultra-rapides, accueille désormais le géant américain des puces électroniques Nvidia parmi ses soutiens financiers.
Fondée il y a moins d'un an, Gradium est une émanation du laboratoire de recherche français Kyutai, lui-même soutenu par Xavier Niel et Rodolphe Saadé. La société a été cofondée par Neil Zeghidour, un chercheur passé par Google Brain, DeepMind et Facebook, qui en assure la direction. Avec lui, l'équipe fondatrice comprend Olivier Teboul (directeur technique), Alexandre Défossez (directeur scientifique) et Laurent Mazaré (directeur du codage). La technologie de Gradium repose sur des modèles capables de transcrire la voix en continu, de synthétiser une parole expressive et d'assurer une intelligence conversationnelle, le tout avec une latence minimale. L'objectif est de supprimer ces temps d'attente qui nuisent à l'expérience des agents vocaux.
Le premier tour de table, conclu en décembre dernier, avait permis de réunir 60 millions d'euros (environ 70 millions de dollars) auprès d'une brochette d'investisseurs prestigieux. FirstMark Capital et Eurazeo menaient l'opération, rejoints par DST Global Partners, Eric Schmidt (ancien dirigeant de Google), Xavier Niel (groupe Iliad), Rodolphe Saadé (CMA CGM), ainsi que Korelya Capital et Amplify Partners. Cette extension, qui porte l'enveloppe totale de l'amorçage à 100 millions de dollars, marque l'arrivée de Nvidia, leader mondial des processeurs graphiques et des accélérateurs utilisés dans l'intelligence artificielle.
L'injection de ces capitaux frais doit servir plusieurs priorités. Gradium entend accélérer ses travaux de recherche et développement, enrichir son offre produit et se déployer aux États-Unis. L'entreprise prévoit l'ouverture d'un bureau dans la baie de San Francisco, afin de « renforcer sa position au cœur du plus grand écosystème d'IA au monde », selon les termes de son dirigeant. Ce mouvement permettra également d'attirer des profils techniques américains.
Neil Zeghidour a commenté l'opération en soulignant la dynamique du secteur : « Le marché de la voix grandit à très grande vitesse ». Il a également détaillé la variété des applications déjà adressées par Gradium. « Parmi nos clients, il y en a qui font de la prise de rendez-vous médicale au téléphone, du customer center, du sondage au téléphone. Il y a aussi des studios de jeux vidéo qui veulent faire parler des personnages dans leurs jeux. Il y a l'industrie du divertissement qui veut faire des vidéos avec de la voix IA, des publicités avec de la voix IA », a-t-il énuméré, illustrant l'étendue des secteurs intéressés par ces modèles.
Le segment de l'IA vocale connaît une concurrence intense. ElevenLabs, une autre start-up spécialisée, a été valorisée 11 milliards de dollars en février dernier. Google propose également son modèle Gemini avec des capacités vocales. Malgré cette rivalité, Gradium assure avoir déjà conquis plusieurs clients de premier plan depuis sa sortie de l'ombre. L'entrée de Nvidia à son capital constitue un signal fort de la confiance du marché dans ses perspectives.
Avec 100 millions de dollars levés en quelques mois et une implantation californienne en préparation, Gradium se place parmi les jeunes pousses françaises les mieux dotées pour rivaliser sur la scène mondiale de l'intelligence artificielle vocale. L'opération confirme également l'intérêt stratégique de Nvidia pour des start-up en amont de la chaîne de valeur, au-delà de son cœur de métier historique.