Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé jeudi 9 juillet par décret la tenue d'élections législatives le 28 novembre prochain. Ce scrutin, s'il se concrétise, mettrait fin à deux décennies sans renouvellement du Parlement palestinien, une période marquée par une fragmentation politique et une contestation croissante de la légitimité des institutions.

Le décret présidentiel, relayé par l'agence de presse officielle Wafa, appelle les Palestiniens de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et de la bande de Gaza à élire leurs représentants au Conseil législatif palestinien. Mahmoud Abbas a précisé que le vote se déroulerait dans l'ensemble des Territoires palestiniens, y compris dans les zones occupées par Israël.

Un scrutin sous conditions

Plusieurs obstacles majeurs demeurent pour que le scrutin puisse effectivement avoir lieu. L'État hébreu, qui n'a pas encore réagi officiellement à cette annonce, devra autoriser la tenue du vote à Jérusalem-Est, annexée et occupée depuis 1967. En 2021, des élections législatives et présidentielles palestiniennes avaient d'ailleurs été annulées après qu'Israël n'a pas garanti cette possibilité.

Dans la bande de Gaza, les conséquences de la guerre menée par l'armée israélienne compliquent également l'organisation d'un scrutin. Plus de 90 % des infrastructures du territoire ont été détruites, et près de 2,1 millions d'habitants ont été déplacés à l'intérieur de l'enclave. Le registre de la population n'a pas été mis à jour en raison du conflit, ce qui pose un défi logistique supplémentaire.

Un retour aux urnes inédit pour une génération

Les dernières élections législatives palestiniennes remontent à 2006. Le Hamas y avait remporté une victoire surprise, devançant le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas. Ce résultat avait provoqué une scission politique profonde, aboutissant à la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en 2007. Depuis, le Parlement palestinien n'a plus siégé et aucun scrutin national n'a été organisé.

L'âge médian dans les Territoires palestiniens est d'environ vingt ans, ce qui signifie qu'une large partie de la population n'a jamais voté pour ses représentants législatifs.

Pressions internationales et remise en cause de la légitimité

Cette annonce intervient alors que l'Autorité palestinienne est confrontée à des exigences croissantes de la communauté internationale, notamment de la France et de l'Arabie saoudite, qui réclament des réformes et une légitimité renouvelée pour continuer à soutenir financièrement l'institution. Mahmoud Abbas, élu président en 2005 pour un mandat de quatre ans, n'a jamais organisé d'élection présidentielle depuis. Il gouverne par décret depuis plus de quinze ans, ce qui a suscité des accusations de corruption et d'abus de pouvoir, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des Territoires.

Le mois dernier, le chef de l'Autorité palestinienne avait déjà annoncé que des élections présidentielles se tiendraient au début de l'année 2027. Cette double annonce semble répondre aux pressions internationales qui exigent un retour à des processus électoraux crédibles.

Une mise en œuvre complexe

Au-delà des obstacles diplomatiques et sécuritaires, la tenue du scrutin soulève des questions pratiques. Les destructions massives à Gaza rendent difficile l'installation de bureaux de vote et la distribution de matériel électoral. Par ailleurs, la question de la participation du Hamas, qui contrôle toujours la bande de Gaza, n'a pas été tranchée. Le mouvement islamiste n'a pas encore réagi officiellement à l'annonce du décret.

La date du 28 novembre 2026 étant fixée, les autorités palestiniennes disposent de moins de cinq mois pour surmonter ces défis. L'issue de ce processus électoral reste suspendue à des négociations avec Israël, à la situation sécuritaire à Gaza et à la volonté des différentes factions palestiniennes de s'engager dans la compétition électorale.