À la traditionnelle conférence de presse estivale organisée par l'association des journalistes politiques, le chancelier Friedrich Merz s'est présenté comme l'artisan d'une série de réformes majeures, tout en exhortant les électeurs à ne pas se tourner vers l'Alternative pour l'Allemagne (AfD). Devant une salle comble à Berlin, le chef du gouvernement a estimé que sa coalition entre les conservateurs de la CDU/CSU et les sociaux-démocrates (SPD) avait « trouvé son rythme » et « tenu ses promesses ».

Un paquet de réformes mis en avant

Friedrich Merz a détaillé les chantiers législatifs récemmenés à bien par l'exécutif, notamment dans les domaines des retraites, de la santé, de la fiscalité et de l'arrêt maladie. Une réforme du système de retraite prévoit d'allouer une petite partie des cotisations à des placements financiers, une première en Allemagne. « Nous aurions dû le faire il y a trente ans, comme les Suédois, les Danois, les Néerlandais et beaucoup d'autres pays. Mais au moins nous commençons maintenant », a-t-il déclaré. Le gouvernement a également fait adopter au Bundestag une réforme de l'assurance maladie, ainsi qu'un ensemble de mesures sur les allègements fiscaux et les règles encadrant l'arrêt de travail. Ces textes n'ont pas encore reçu l'approbation définitive du Parlement.

Des sondés très critiques

Malgré ce bilan législatif, la popularité du chancelier et de sa coalition demeure très faible. Selon plusieurs enquêtes d'opinion, seuls 13 à 20 % des Allemands se disent satisfaits de l'action du gouvernement. Un sondage YouGov récent crédite même la CDU de seulement 20 % des intentions de vote, contre 27 % pour l'AfD, tandis que le SPD stagne à 12 %. Dans les Länder de l'Est, l'écart serait encore plus marqué. Ces chiffres interviennent à l'approche d'élections régionales décisives en septembre, notamment en Saxe-Anhalt, où l'AfD pourrait l'emporter.

Un appel direct aux électeurs de l'AfD

Interrogé par les journalistes, Friedrich Merz a mis en garde contre un vote en faveur de la formation d'extrême droite, que les services de renseignement intérieur considèrent en partie comme un mouvement radical. « Si l'AfD arrivait au pouvoir en Allemagne, cela aurait une portée symbolique tout à fait différente que dans un autre pays », a-t-il averti, appelant les électeurs à reconnaître les réalisations de son gouvernement. Il a souligné que sa coalition avait retrouvé sa cohésion après des mois de querelles internes, illustrées par un séminaire à huis clos tendu en avril à la villa Borsig.

Un contexte économique contrasté

Le chancelier a également évoqué les signaux économiques positifs, comme la victoire de l'Allemagne dans un appel d'offres géant de sous-marins au Canada, d'une valeur de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Les indicateurs conjoncturels récents laissent entrevoir une légère reprise après trois années de récession ou de stagnation. Friedrich Merz s'est ainsi posé en « chancelier des réformes », convaincu que le pays est sur la bonne voie, même si les fruits des réformes mettront du temps à se concrétiser.

Une unité gouvernementale fragilisée

La conférence de presse a aussi permis au chancelier de justifier les dépenses de défense record de l'Allemagne, en plein contexte de guerre hybride menée par la Russie. Il a souligné que l'exécutif avait retrouvé une unité d'action, contrastant avec les dissensions qui avaient marqué les premiers mois de la coalition. Reste à savoir si ce discours de bilan suffira à inverser la tendance dans les urnes lors des scrutins à venir.