Andy Burnham, maire du Grand Manchester et figure montante du Parti travailliste, élabore un projet de réforme administrative et monétaire d’envergure. Selon des documents préparatoires consultés récemment, il envisage de diviser le Trésor en deux entités distinctes : l’une consacrée à la gestion des finances publiques et l’autre au pilotage de la stratégie économique de long terme. Cette scission viserait à rendre l’action gouvernementale plus efficace dans la relance des régions et la réduction des inégalités.
Une réorganisation du Trésor pour mieux investir L’actuel Trésor de Sa Majesté, qui cumule les fonctions de ministère des Finances et de direction de la politique économique, serait scindé en un « ministère des Finances » (Ministry of Finance) chargé de la discipline budgétaire et de la gestion de la dette, et un « département de la Stratégie économique et de la Croissance » (Department for Economic Strategy and Growth) responsable de l’investissement public, de l’innovation et du développement territorial. Cette séparation, avance Burnham, permettrait d’éviter que les objectifs d’équilibre budgétaire ne freinent les investissements nécessaires à la transition écologique et à la revitalisation des territoires délaissés.
Un mandat élargi pour la Banque d’Angleterre Dans le même temps, le candidat potentiel à la direction du Labour souhaite réformer la Banque d’Angleterre. Il propose d’élargir son mandat actuel, centré sur la stabilité des prix, à des objectifs de croissance inclusive, de plein-emploi et de stabilité financière régionale. La banque centrale verrait également ses pouvoirs renforcés pour coordonner la politique monétaire avec les besoins de l’économie réelle, notamment via des mécanismes de financement direct des projets d’infrastructure. Cette orientation s’inspire de modèles étrangers, comme ceux de la Banque centrale européenne ou de la Réserve fédérale américaine, dont les mandats intègrent déjà le soutien à l’emploi.
Des réactions mitigées dans le monde économique Ces propositions, encore en phase de discussion au sein de l’équipe de conseillers de Burnham, suscitent des interrogations chez les économistes. Certains jugent qu’une scission du Trésor risquerait de créer des conflits de compétences et de nuire à la coordination des politiques publiques. D’autres estiment qu’un élargissement du mandat de la Banque d’Angleterre pourrait compromettre son indépendance et sa crédibilité dans la lutte contre l’inflation. Les milieux d’affaires, pour leur part, restent prudents : ils redoutent que ces réformes n’entraînent une hausse de la dette publique ou un affaiblissement de la livre sterling.
Un projet qui s’inscrit dans une stratégie plus large Ces propositions ne sont pas isolées. Elles font partie d’un ensemble de mesures que l’équipe de Burnham prépare en vue d’une éventuelle candidature à la tête du Labour, puis à la fonction de Premier ministre. Le maire du Grand Manchester a déjà exprimé son intention de flexibiliser les règles budgétaires britanniques pour permettre davantage d’investissements publics. Il s’entoure d’économistes reconnus, comme l’universitaire Ann Pettifor, spécialiste de la monnaie et de la dette, et l’ancien conseiller de Gordon Brown, Ed Balls, pour élaborer sa plateforme économique.
Un débat qui s’annonce vif Si Andy Burnham ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat, ses propositions commencent à polariser le débat au sein du Labour. Les partisans d’une ligne plus prudente, emmenés par des figures comme Rachel Reeves, plaident pour une discipline budgétaire stricte afin de rassurer les marchés. Les réformes radicales défendues par Burnham pourraient donc constituer un point de clivage majeur dans la course à la direction du parti. Le gouvernement conservateur actuel, par la voix du chancelier de l’Échiquier Jeremy Hunt, a déjà critiqué ces idées, les qualifiant de « dangereuses pour la stabilité économique du Royaume-Uni ».
Les prochaines étapes L’équipe de Burnham devrait finaliser ses propositions dans les semaines à venir, avant une éventuelle diffusion publique. En parallèle, le maire du Grand Manchester multiplie les déplacements dans les régions pour tester son discours et sonder l’opinion. Les réformes du Trésor et de la Banque d’Angleterre pourraient devenir l’un des axes centraux de sa campagne, si les sondages et les soutiens se confirment. L’avenir politique du Royaume-Uni pourrait ainsi se jouer autour de ces questions institutionnelles, bien au-delà des simples clivages partisans.