Le sélectionneur de l'équipe d'Angleterre, Thomas Tuchel, se trouve confronté à un dilemme de taille à quelques jours de l'entrée en lice de son équipe dans la Coupe du monde 2026. Alors que les Three Lions s'apprêtent à affronter la Croatie mercredi à Dallas pour leur premier match de la compétition, la question de l'animateur du jeu offensif, derrière le capitaine Harry Kane, divise les observateurs. Jude Bellingham, considéré comme le joueur vedette de la sélection après son geste spectaculaire contre la Slovaquie lors de l'Euro 2024, voit sa position remise en cause par la montée en puissance de Morgan Rogers, joueur d'Aston Villa.

L'arrivée de Tuchel à la tête de la sélection a profondément modifié la dynamique au sein du groupe. L'entraîneur allemand, connu pour son exigence et sa franchise, a refusé d'instaurer un système de vedettes, traitant tous les joueurs sur un pied d'égalité. Cette approche a contribué à faire du poste de numéro 10 l'objet d'un débat intense, une situation impensable il y a seulement deux ans, lorsque Bellingham semblait intouchable après avoir sauvé l'Angleterre d'une élimination précoce à l'Euro 2024 avec un retourné acrobatique dans les dernières secondes du temps réglementaire.

Bellingham, qui avait lancé un « who else? » (« qui d'autre ? ») aux supporters après ce but, doit désormais composer avec la concurrence de Rogers, son ami d'enfance. Ce dernier a réalisé une saison remarquable avec Aston Villa, brouillant les certitudes sur la hiérarchie offensive. Après des semaines de discussions, Tuchel aurait finalement tranché en faveur de Bellingham pour le poste de meneur de jeu, mais la pression reste forte pour que le joueur du Real Madrid confirme son statut lors du tournoi.

Le parcours de Bellingham en sélection a connu des hauts et des bas depuis l'Euro 2024. Son rôle n'a cessé d'être questionné, notamment après des propos maladroits de Tuchel. Ce dernier s'était excusé publiquement après avoir révélé que sa propre mère jugeait parfois le comportement de Bellingham sur le terrain comme « repoussant », à la suite d'une défaite en amical contre le Sénégal en juin. La relation entre le technicien et le joueur, bien que professionnelle, a semblé fragile par moments.

La fin du système des stars

Tuchel a imposé une discipline de fer et une méritocratie stricte. « Je ne fonctionne pas avec des statuts », a-t-il rappelé à plusieurs reprises, refusant de traiter Bellingham différemment des autres. Cette ligne de conduite a donné des résultats, mais elle a aussi provoqué des tensions. L'émergence de Rogers, meilleur joueur de la phase de préparation selon plusieurs analystes, a renforcé l'idée que la place de numéro 10 n'était plus acquise à personne.

Un Mondial pour se relancer

Bellingham, qui avait marqué les esprits lors de la dernière Coupe du monde, semble aborder cette compétition avec une détermination accrue. Selon des sources proches du staff, il se montre particulièrement concentré à l'entraînement, comme s'il avait à cœur de prouver qu'il reste l'élément clé du dispositif anglais. Son objectif : guider l'Angleterre vers un premier titre mondial depuis 1966.

Le match contre la Croatie constituera un premier test décisif. Tuchel devra montrer que ses choix, aussi controversés soient-ils, portent leurs fruits. La question du numéro 10, qui agite les chroniqueurs et les supporters, pourrait trouver une réponse définitive sur la pelouse du stade de Dallas.