Un virage stratégique assumé
Antonio Filosa, récemment nommé à la tête des opérations nord-américaines de Stellantis, concentre désormais ses efforts sur le marché américain, reléguant au second plan le continent européen pourtant berceau du groupe. Cette orientation, clairement affichée depuis sa prise de fonction, suscite des interrogations sur l’avenir des sites industriels en Europe.
Dans une déclaration publique, le dirigeant a toutefois cherché à rassurer : « Stellantis veut maintenir et développer l’activité et les emplois associés en France, sans fermer d’usine », a-t-il affirmé. Cette promesse intervient dans un contexte de profondes transformations pour le secteur automobile, marqué par l’électrification, la concurrence chinoise et les tensions commerciales transatlantiques.
La priorité nord-américaine
Pour Antonio Filosa, l’Amérique du Nord représente un levier de croissance indispensable. Le groupe y voit une opportunité de rentabilité accrue, portée par des ventes de véhicules à plus forte marge, des subventions publiques massives aux États-Unis (via l’Inflation Reduction Act) et une demande intérieure robuste. Cette stratégie s’accompagne d’investissements conséquents dans les usines américaines et mexicaines.
En contrepartie, l’Europe — et particulièrement la France, où Stellantis hérite de sites historiques issus de PSA et Fiat Chrysler — se voit attribuer un rôle moins central dans le plan de développement du groupe. Plusieurs syndicats s’inquiètent d’un risque de « désindustrialisation rampante » sur le Vieux Continent, malgré les assurances données.
Un marché français sous pression
La position d’Antonio Filosa intervient alors que les ventes de Stellantis en Europe reculent. La marque Peugeot, fer de lance du groupe sur le sol européen, peine à maintenir ses parts de marché face à la concurrence allemande et asiatique. Par ailleurs, les coûts de production en Europe augmentent, en raison de la hausse des prix de l’énergie et des nouvelles normes environnementales.
En France, Stellantis exploite des usines à Poissy, Sochaux, Mulhouse, Rennes, Douvrin, Sept-Fonds ou encore Carquefou. Selon les observateurs, le maintien de l’emploi sur ces sites dépendra de la capacité du groupe à y produire des modèles électriques compétitifs, alors que la demande ralentit et que les marges sont faibles.
Des signaux contradictoires
Certains analystes notent un décalage entre les déclarations du patron nord-américain et la réalité des investissements. Alors qu’Antonio Filosa évoque un développement en France, plusieurs projets de lancement de nouveaux modèles ont récemment été attribués aux usines polonaises et marocaines, dont les coûts salariaux sont nettement inférieurs.
Les syndicats restent donc vigilants. Ils pointent notamment l’absence de perspective claire pour la production de moteurs thermiques en France, alors que l’Union européenne prévoit l’interdiction des ventes de voitures neuves à essence et diesel à partir de 2035.
Conclusion
La stratégie d’Antonio Filosa illustre le dilemme de Stellantis : concilier des impératifs de rentabilité dictés par le marché nord-américain avec la préservation des racines industrielles européennes. Les engagements oraux en faveur du maintien des usines françaises ne suffisent pas à dissiper les craintes, tant que les actes d’investissement ne suivront pas. Les prochains mois seront décisifs pour jauger la sincérité de ce virage.