Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, doit arriver mardi en Haïti pour une visite qualifiée de « solidarité » par ses services. Il s’agit de son premier déplacement dans la capitale haïtienne depuis juillet 2023. Au programme : des rencontres avec des habitants affectés par l’insécurité et l’examen des dispositifs d’aide déployés par l’organisation internationale, notamment le nouveau « bureau de soutien de l’ONU ».
Une visite au cœur d’une crise humanitaire aiguë
La situation sécuritaire et humanitaire s’est gravement dégradée ces dernières années. Alors que le pays comptait environ 11 millions d’habitants, près de 1,5 million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur de ses frontières, selon les données onusiennes. Par ailleurs, plus de 5 millions d’Haïtiens se trouvent en situation d’insécurité alimentaire sévère. Le plan d’aide humanitaire des Nations unies pour 2026, estimé à 880 millions de dollars, n’est financé qu’à moins d’un quart, ce qui compromet les opérations de secours. Le tout survient alors que la saison des ouragans commence, ajoutant une pression supplémentaire sur des infrastructures déjà fragiles.
Des violences meurtrières endémiques
Les gangs armés, profitant d’une instabilité politique chronique, multiplient meurtres, enlèvements, viols et recrutements forcés d’enfants. Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme publié fin mars, les violences liées aux gangs ont entraîné la mort de plus de 5 500 personnes entre le 1er mars 2025 et le 15 janvier 2026. Le haut-commissaire Volker Türk a indiqué lundi que, depuis le début de l’année 2026, au moins 2 300 décès, 1 100 blessés et 99 enlèvements avaient été recensés. Il a qualifié le déploiement de la nouvelle Force de répression des gangs (FRG) d’« urgent » tout en exhortant les autorités haïtiennes à lutter contre l’impunité généralisée.
Ces dernières semaines, des opérations de la police nationale, appuyées par des frappes de drones menées par des sociétés privées étrangères, ainsi que les actions de groupes d’autodéfense, ont permis de freiner partiellement l’expansion des gangs. Ces groupes criminels contrôlent encore environ 90 % de la capitale, selon le dernier rapport en date.
Un nouveau cadre sécuritaire international
Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé en septembre 2025 le remplacement de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), menée par le Kenya, par la Force de répression des gangs (FRG). Cette nouvelle entité, en cours de déploiement, pourra compter jusqu’à 5 500 personnels en uniforme – policiers et militaires –, contrairement à la précédente mission, jugée sous-équipée et insuffisamment dotée financièrement. Bien qu’elle ne soit pas une mission de maintien de la paix onusienne, la FRG bénéficie d’un appui logistique via le nouveau bureau de soutien des Nations unies, qu’Antonio Guterres compte également inspecter.
Un contexte politique bloqué
Sur le plan politique, le pays vit sans élections depuis 2016, en raison principalement de l’insécurité. En février 2026, le mandat du conseil présidentiel de transition a expiré, et le pouvoir exécutif a été transmis au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qui doit rencontrer le secrétaire général lors de cette visite. Le représentant de l’ONU, Farhan Haq, a précisé que Guterres évaluerait « le soutien apporté par les Nations unies à Haïti pour faire face à sa crise multidimensionnelle, y compris l’appui logistique et opérationnel à la Force de répression des gangs ». Le chef de l’ONU avait déjà exprimé son indignation face à la pauvreté et à la violence, jugeant la situation « absolument intolérable ».