Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, se rend ce mardi en Haïti pour une visite destinée à témoigner de la solidarité de l’organisation face aux souffrances de la population. Il s’agit de son premier déplacement dans le pays depuis juillet 2023. Selon son entourage, il doit rencontrer des hommes, des femmes et des enfants directement affectés par l’insécurité et les violences perpétrées par les gangs, et se rendre compte par lui-même des défis humanitaires et sécuritaires auxquels la nation caribéenne est confrontée.
La situation en Haïti ne cesse de se dégrader. Les groupes armés y multiplient les meurtres, les enlèvements, les viols et le recrutement forcé d’enfants. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, sur une population totale d’environ 11 millions d’habitants. Plus de cinq millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire grave, selon les données des Nations unies. Le plan d’aide humanitaire de l’ONU pour 2026, qui s’élève à 880 millions de dollars, n’est financé qu’à moins d’un quart, alors que la saison des ouragans débute.
Une nouvelle force internationale contre les gangs
Face à l’ampleur de la crise, le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé en septembre dernier de remplacer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya et jugée sous-équipée, par une Force de répression des gangs (FRG). Cette nouvelle force, en cours de déploiement, peut compter jusqu’à 5 500 personnels en uniforme, incluant cette fois des militaires en plus des policiers. Elle n’est toutefois pas une mission de maintien de la paix des Nations unies.
António Guterres doit également visiter le tout nouveau bureau de soutien de l’ONU, chargé d’apporter une assistance logistique et opérationnelle à cette force. Le porte-parole du secrétaire général, Farhan Haq, a indiqué que son déplacement viserait à évaluer l’appui fourni par l’organisation à Haïti face à sa crise multidimensionnelle, ainsi que le soutien logistique à la Force de répression des gangs.
Un nombre de morts en hausse
Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a estimé lundi que cette nouvelle force était «urgemment nécessaire». Il a précisé que les violences des gangs avaient causé au moins 2 300 morts, 1 100 blessés et 99 enlèvements depuis le début de l’année 2026. Un rapport publié fin mars par ses services faisait déjà état de plus de 5 500 décès liés aux gangs entre mars 2025 et janvier 2026. Türk a exhorté les autorités haïtiennes à mettre en place rapidement des unités judiciaires pour lutter contre l’impunité.
Le secrétaire général de l’ONU doit également s’entretenir avec le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé. Le pays n’a pas organisé d’élections depuis 2016, principalement en raison de l’insécurité. La crise politique s’est accentuée début 2024, lorsque les gangs ont déclenché une vague de violences qui a contraint le Premier ministre non élu de l’époque à démissionner. Un conseil présidentiel intérimaire lui a succédé, mais son mandat a expiré en février 2026, le pouvoir exécutif étant alors passé à Alix Didier Fils-Aimé.
Cette visite marque un nouvel effort de la communauté internationale pour répondre à une situation que les Nations unies qualifient de crise multidimensionnelle, mêlant effondrement sécuritaire, catastrophe humanitaire et blocage politique.