Apollo Global Management s’active pour réaliser une acquisition majeure au Japon. Le groupe américain de capital-investissement cherche à mettre la main sur une compagnie d’assurance-vie nippone, dans le but d’élargir sa base d’actifs sous gestion et de soutenir sa dynamique de croissance.

Cette stratégie s’inscrit dans une tendance plus large observée chez les grands gestionnaires d’actifs alternatifs. Ces sociétés voient dans les assureurs-vie des sources stables de capitaux à long terme, pouvant être investis dans des actifs moins liquides mais potentiellement plus rémunérateurs, comme le capital-investissement, l’immobilier ou les infrastructures.

Un marché japonais riche en opportunités

Le Japon présente un terrain particulièrement favorable pour ce type d’opérations. Le pays compte de nombreuses mutuelles d’assurance et compagnies régionales qui cherchent à améliorer leur rentabilité dans un environnement de taux d’intérêt bas, même si la Banque du Japon a récemment relevé ses taux. Ces entités peuvent être des cibles attractives pour des investisseurs étrangers disposant d’une expertise en gestion d’actifs.

Apollo n’est pas le premier groupe à s’intéresser à ce segment. Plusieurs concurrents, dont Blackstone, ont déjà réalisé des acquisitions ou des partenariats avec des assureurs japonais. La filiale d’assurance-vie d’Apollo, Athene, est particulièrement active dans ce domaine. Fondée il y a une quinzaine d’années, Athene est devenue un acteur majeur de la réassurance et de la gestion de contrats d’épargne retraite aux États-Unis et au Royaume-Uni. L’entreprise achète des blocs de polices d’assurance-vie et les gère en investissant les primes dans des actifs diversifiés.

Une stratégie déjà éprouvée

Apollo a déjà démontré sa capacité à intégrer des assureurs. En 2021, le groupe a acquis la compagnie d’assurance-vie américaine Athene, qu’il avait lui-même fondée et dont il gérait déjà les actifs. Cette opération avait permis à Apollo de contrôler directement une source de capitaux importante.

L’acquisition d’un assureur-vie japonais permettrait à Apollo de reproduire ce modèle en Asie. Le groupe pourrait ainsi gérer les actifs de la compagnie acquise, générant des frais de gestion récurrents tout en ayant accès à des capitaux pour ses propres fonds d’investissement.

Des discussions encore préliminaires

Selon des personnes informées du dossier, les discussions en seraient encore à un stade préliminaire. Aucun accord n’a été conclu et il n’est pas garanti qu’une transaction aboutisse. Plusieurs candidats potentiels ont été approchés, mais le nom des cibles n’a pas été divulgué.

Les autorités de régulation japonaise pourraient également avoir leur mot à dire. Le secteur de l’assurance est strictement contrôlé, et toute acquisition par un acteur étranger ferait l’objet d’un examen approfondi.

Les enjeux pour Apollo

Pour Apollo, cette quête d’un assureur-vie au Japon répond à plusieurs objectifs. D’une part, elle permettrait de diversifier géographiquement ses sources de financement, en réduisant sa dépendance au marché américain. D’autre part, elle offrirait une plateforme pour développer ses activités en Asie, une région où la demande en produits d’épargne et d’investissement est en forte croissance.

Le groupe, qui gérait environ 700 milliards de dollars d’actifs à la fin de l’année dernière, a fait de la croissance de ses actifs sous gestion une priorité stratégique. L’assurance-vie constitue un levier important pour y parvenir, car elle fournit des flux de trésorerie prévisibles et stables.

Un contexte de consolidation

Le marché japonais de l’assurance-vie connaît une phase de consolidation. Plusieurs petites et moyennes compagnies peinent à faire face à la concurrence des grands groupes et à la pression réglementaire. Certaines cherchent des partenaires ou des acquéreurs pour mutualiser leurs coûts et améliorer leur rentabilité.

Des groupes étrangers comme Apollo pourraient jouer un rôle d’accélérateur dans ce mouvement, en apportant des capitaux et une expertise en gestion d’actifs. À l’inverse, cette perspective suscite des inquiétudes quant à la préservation de l’emploi et à la souveraineté économique.

L’issue de ces démarches reste incertaine, mais elle illustre l’appétit des géants de la finance pour le marché japonais et leur volonté de capter la manne que représentent les actifs des assureurs-vie.