Nouvelles révélations en vue
L’émission « Appel à témoins », diffusée sur M6, s’apprête à consacrer un numéro à la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès, le principal suspect du quintuple meurtre survenu à Nantes en avril 2011. Selon les informations communiquées par la production, le magazine affirme détenir des « preuves de vie récente » du fugitif, âgé aujourd’hui de 63 ans, et assure avoir identifié des « témoins clés, sensés et crédibles » qui n’avaient pas été entendus jusqu’à présent.
Cette annonce intervient alors que l’affaire, classée sans suite en 2021 faute d’élément permettant de localiser le suspect, reste l’un des dossiers non élucidés les plus médiatisés de la décennie. Le 2 juin prochain, l’émission recevra Jacques Dallest, ancien procureur général et fondateur du pôle « cold case » de Nanterre, qui interviendra en qualité d’expert pour analyser ces nouveaux éléments.
Des « preuves de vie » contestées
Interrogé par la presse, Jacques Dallest a indiqué qu’il se rendrait sur le plateau pour examiner les indices avancés par la rédaction. Il a toutefois nuancé l’enthousiasme suscité par ces prétendues preuves : « Il faut rester extrêmement prudent. Dans ce dossier, de fausses pistes ont déjà été exploitées. Si des éléments sérieux existent, ils doivent être transmis à la justice », a-t-il déclaré. Le magistrat, qui a dirigé plusieurs enquêtes emblématiques, a insisté sur la nécessité de ne pas mêler investigation policière et spectacle médiatique.
De son côté, l’entourage des victimes a exprimé des réactions mitigées. Certains membres de la famille, qui ont accepté de participer à l’émission, espèrent que cette nouvelle exposition publique permettra de relancer l’enquête. D’autres, en revanche, redoutent que l’affaire ne soit exploitée à des fins d’audience sans apporter de véritable avancée judiciaire. L’avocat de plusieurs parties civiles a rappelé que « toute information utile doit être communiquée aux autorités, pas à une chaîne de télévision ».
Un précédent qui inquiète
Ce n’est pas la première fois que l’affaire Dupont de Ligonnès fait l’objet d’une couverture médiatique intensive. Depuis la découverte des corps en 2011, de nombreuses émissions, documentaires et podcasts ont tenté d’élucider les circonstances du drame et la disparition du suspect. Mais à chaque fois, les « révélations » annoncées se sont révélées infondées ou sans suite judiciaire.
La venue de Jacques Dallest, figure respectée du monde judiciaire, est perçue par certains comme une garantie de sérieux. Le pôle cold-case qu’il a créé est spécialisé dans la réouverture des affaires non résolues et a déjà permis des avancées significatives dans plusieurs dossiers. Toutefois, des voix s’élèvent pour dénoncer une possible instrumentalisation de l’expertise judiciaire par une émission de divertissement.
La confrontation entre justice et médias
Au-delà du cas particulier, ce numéro d’« Appel à témoins » relance le débat sur les relations entre les enquêtes criminelles et les médias. Si les émissions de ce type peuvent parfois susciter des témoignages utiles aux enquêteurs, elles risquent aussi de perturber le travail de la justice en divulguant des éléments sensibles ou en créant une pression médiatique autour de certaines hypothèses.
La production de M6 assure que les informations recueillies seront transmises aux autorités compétentes, mais certains magistrats dénoncent un « mélange des genres » qui pourrait nuire à la manifestation de la vérité. Le parquet de Nantes, qui suit toujours le dossier, n’a pas souhaité commenter l’émission avant sa diffusion.
En attendant le 2 juin
Reste à savoir ce que contiennent réellement ces « preuves de vie récente ». Les rumeurs vont bon train sur les réseaux sociaux et dans les forums consacrés à l’affaire. Certains évoquent des images de vidéosurveillance, d’autres des témoignages de personnes affirmant avoir croisé le fugitif à l’étranger, notamment en Amérique latine ou en Asie du Sud-Est. Mais rien n’a été confirmé par la chaîne.
L’émission du 2 juin sera donc suivie avec une attention particulière par les enquêteurs, les proches des victimes et le grand public. Dans un communiqué, M6 a promis « des éléments inédits qui pourraient faire bouger les lignes dans cette affaire qui dure depuis plus de quinze ans ». Une promesse qui devra être tenue pour convaincre les sceptiques.
En attendant, le pôle cold-case de Nanterre suit l’évolution du dossier avec intérêt, mais sans préjuger des résultats. Jacques Dallest a conclu son entretien en rappelant que « la vérité judiciaire ne se fait pas dans un studio de télévision, mais dans un cabinet d’instruction ».