Une opération judiciaire d’envergure a eu lieu ce mardi à l’hôtel de ville de Nice. Des magistrats et enquêteurs, venus de Marseille, ont mené une perquisition visant à recueillir des documents et à entendre des personnes dans le cadre de l’enquête sur le dispositif de sécurité mis en place sur la promenade des Anglais le soir de l’attentat du 14 juillet 2016.

L’action, qui a mobilisé une quinzaine de personnes, s’inscrit dans les investigations en cours concernant les conditions de sécurisation de cet axe lors de la fête nationale, où un camion-bélier avait foncé dans la foule, faisant 86 morts et des centaines de blessés. Les enquêteurs cherchent à déterminer comment les barrières et les mesures de protection avaient été organisées cette nuit-là, et si des défaillances ont pu faciliter le passage du véhicule.

Un volet spécifique de l’enquête

Les perquisitions et auditions menées à la mairie ciblent précisément les responsabilités dans la mise en œuvre du plan de sécurité. Les magistrats tentent d’établir si des manquements ont été commis par les autorités municipales ou les services concernés dans la gestion de l’événement. Les documents recherchés portent notamment sur les consignes de sécurité, les arrêtés municipaux et les échanges entre les différents acteurs impliqués dans l’organisation du 14 juillet.

Cette nouvelle étape judiciaire intervient alors que l’enquête, ouverte depuis près de neuf ans, avait déjà donné lieu à plusieurs mises en examen, notamment de responsables municipaux et d’agents de la ville. Les juges marseillais, spécialisés dans les affaires de terrorisme, poursuivent leurs investigations pour faire la lumière sur les circonstances ayant permis à l’assaillant de traverser la promenade sur plus de deux kilomètres sans être stoppé.

Un dossier toujours ouvert

La procédure, instruite par le pôle antiterroriste du tribunal judiciaire de Marseille, n’a pas encore abouti à un procès. Les investigations se concentrent sur les éventuels dysfonctionnements dans le déploiement des forces de l’ordre et des moyens de protection, ainsi que sur les décisions prises en amont par la municipalité de l’époque, dirigée par Christian Estrosi. L’ancien maire, aujourd’hui président de la métropole, a toujours nié toute responsabilité, affirmant que les mesures de sécurité étaient conformes aux directives préfectorales.

Les auditions menées ce mardi devraient permettre d’affiner la compréhension des chaînes de commandement et des choix opérationnels. Les enquêteurs s’intéressent en particulier à la question des barrières de protection, dont certaines n’avaient pas été installées ou avaient été déplacées, laissant des brèches dans le dispositif.

Des familles de victimes toujours en attente

Pour les associations de victimes, cette perquisition constitue un signe que l’instruction avance, mais elles réclament toujours davantage de transparence. Plusieurs d’entre elles ont déposé des plaintes contre la mairie et des responsables pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». Elles espèrent que les investigations permettront d’établir les responsabilités civiles et pénales, et d’éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.

Le parquet de Marseille n’a pas encore communiqué officiellement sur les résultats de cette perquisition. Les enquêteurs devraient analyser les documents saisis dans les prochains jours, tandis que les auditions se poursuivent. L’affaire reste instruite sous le régime de l’information judiciaire, avec des magistrats instructeurs dédiés.

Un précédent judiciaire

Ce n’est pas la première fois que les locaux de la mairie de Nice font l’objet d’une perquisition dans ce dossier. En 2019, des investigations similaires avaient déjà eu lieu, sans aboutir à des mises en examen supplémentaires. Le volet administratif de l’enquête avait également conduit à la saisine de la Cour de discipline budgétaire et financière pour des dépenses jugées irrégulières dans l’organisation de l’événement.

La municipalité actuelle, conduite par Christian Estrosi, a indiqué à plusieurs reprises qu’elle coopérait pleinement avec la justice. Les services municipaux ont été invités à fournir l’ensemble des documents demandés, et des agents ont déjà été entendus dans le cadre de la procédure. L’hôtel de ville de Nice reste un lieu clé dans cette enquête, qui pourrait connaître des développements dans les mois à venir.