Un forum organisé autour de l'affaire Lyhanna a donné la parole, ce dimanche, à des magistrats et des avocats qui ont pointé du doigt la situation préoccupante des tribunaux français. Face à l'émotion suscitée par la mort de l'adolescente, les professionnels du droit ont insisté sur les difficultés structurelles qui, selon eux, entravent le bon fonctionnement de la justice.
Des magistrats submergés
Plusieurs intervenants ont décrit des juges contraints de travailler dans des conditions qu'ils jugent intenables. Le nombre de dossiers à traiter ne cesse d'augmenter, tandis que les effectifs stagnent, voire diminuent dans certaines juridictions. Un magistrat a témoigné du poids de cette charge, expliquant que les décisions doivent souvent être prises dans l'urgence, faute de temps pour examiner chaque situation avec toute l'attention nécessaire.
Les avocats présents ont relayé ce constat. Ils ont évoqué des audiences expéditives et des délais d'instruction qui s'allongent, rendant le parcours judiciaire particulièrement éprouvant pour les victimes et leurs familles. L'un d'eux a souligné que le manque de moyens humains et matériels conduit à une justice qui peine à répondre aux attentes des citoyens.
Un fossé entre la chancellerie et le terrain
Au-delà de la question des moyens, les participants ont également dénoncé une « rupture » entre les décisions prises au ministère de la Justice et la réalité du travail quotidien des juges et des avocats. Des réformes jugées trop éloignées des besoins concrets des tribunaux ont été critiquées. Un avocat a estimé que les annonces faites depuis Paris ne correspondent pas toujours aux difficultés rencontrées sur le terrain, où les professionnels se sentent parfois délaissés.
Cette défiance s'est exprimée avec d'autant plus de force dans le contexte de l'affaire Lyhanna. Le drame a mis en lumière, pour beaucoup, les conséquences potentielles d'une justice qui manque de ressources. Un magistrat a rappelé que la décision d'un juge des libertés et de la détention de ne pas incarcérer un individu mis en cause, décision au cœur de la polémique, intervient dans un cadre contraint par des effectifs insuffisants et des lois d'orientation parfois perçues comme restrictives.
L'émotion des proches
Le forum a également été marqué par les témoignages de proches de victimes. Le père de Lyhanna a pris la parole, exprimant son sentiment d'incompréhension. « Le juge des libertés et de la détention a refusé d'enfermer la personne qui a violé ma fille. Comment puis-je avoir confiance en la justice ? », a-t-il lancé, résumant le sentiment d'abandon ressenti par de nombreuses familles.
La question des moyens au cœur des débats
La question des moyens financiers alloués à la justice a été récurrente. Aleksandar Nikolic, député européen, a estimé que « des moyens supplémentaires doivent être mis dans la justice ». Cette position, partagée par plusieurs intervenants, a été opposée aux déclarations du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui a reconnu un « dysfonctionnement total » dans le suivi des auteurs d'infractions sexuelles et s'est dit favorable à la perpétuité réelle. Les professionnels du droit présents ont toutefois jugé que ces annonces, pour être efficaces, devaient s'accompagner de mesures concrètes pour alléger la charge des tribunaux.
Un consensus s'est dégagé sur la nécessité d'investir massivement dans les services judiciaires, de la phase d'enquête jusqu'à l'exécution des peines. Sans cela, ont prévenu plusieurs orateurs, la confiance des citoyens dans l'institution judiciaire risque de continuer à se dégrader.