Le garde des Sceaux a directement affronté la colère de proches et de citoyens, ce week-end, lors d’un forum public consacré aux failles de l’institution judiciaire après le meurtre de la jeune Lyhanna. Gérald Darmanin a reconnu un « dysfonctionnement total » dans cette affaire, révélant que le suspect était resté neuf mois sans être placé en garde à vue ni même entendu par les enquêteurs.

Face à l’émotion suscitée par ce drame, le ministre a fait plusieurs annonces coup sur coup. Il a notamment déclaré, à propos des auteurs de violences sexuelles sur mineurs : « Je pense que les pédocriminels sont incurables. » Il a immédiatement précisé qu’il était opposé au rétablissement de la peine capitale – « Je suis contre la peine de mort » –, mais qu’en revanche il plaidait pour l’instauration de la « perpétuité réelle », c’est-à-dire une condamnation à la prison à vie sans aucune possibilité de libération conditionnelle.

« Jusqu’où ça va aller ? »

Le ton est monté lorsque Linda, une femme présente dans l’assistance, s’est adressée directement au ministre avec véhémence. « Qu’est-ce qu’on fait, pour l’amour du ciel ? Jusqu’où ça va aller ? », a-t-elle lancé, traduisant un sentiment d’impuissance et d’exaspération partagé par de nombreux participants. Sa voix a porté la détresse de familles qui estiment que les mots ne suffisent plus.

Un autre intervenant, Clément, a lui aussi interpellé le ministre avec virulence : « Stop les mots, ça suffit, ça fait quarante ans qu’on les entend. » Ce cri de colère reflète le scepticisme d’une partie de l’opinion publique, lasse des promesses politiques non suivies d’effets concrets.

Neuf mois d’inaction

Au cœur des critiques, le laps de temps écoulé entre le dépôt de la plainte et la première audition du suspect. Selon Gérald Darmanin, neuf mois se sont écoulés durant lesquels la personne soupçonnée « n’a été ni mise en garde à vue ni entendue ». Pour le ministre, cette situation constitue une « anomalie » révélatrice d’un système défaillant. Il a justifié sa présence à ce forum par la nécessité d’« entendre la colère » et d’apporter des réponses rapides.

Quelle suite pour les propositions ?

Le garde des Sceaux n’a pas détaillé le calendrier législatif d’une éventuelle réforme instaurant la perpétuité réelle, mais il a indiqué que des « mesures immédiates » étaient à l’étude pour éviter qu’un tel dysfonctionnement ne se reproduise. Il s’est également engagé à réunir les procureurs généraux dès le lundi suivant pour tirer les leçons de l’affaire Lyhanna et harmoniser les pratiques d’enquête sur les crimes sexuels.

L’affaire, qui a profondément choqué l’opinion, continue de susciter des rassemblements et des demandes de transparence de la part d’associations de défense des victimes et de familles endeuillées.