La deuxième journée du sommet de l'OTAN à Ankara a été marquée mercredi par une diatribe sans précédent de Donald Trump contre plusieurs de ses alliés, doublée d'une escalade militaire américano-iranienne. Assis aux côtés du secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, le président américain a qualifié les Espagnols de « désespérés, mauvaises personnes » et annoncé la rupture des échanges commerciaux avec Madrid. Il a également cité nommément la France, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni pour leur absence dans la coalition qu'il mène contre l'Iran.

M. Trump a dénoncé les dirigeants iraniens comme des « gens mauvais et malades » et employé la métaphore du cancer pour justifier une action radicale. « Vous savez ce qu'il faut faire ? Il faut extirper le cancer tôt », a-t-il lancé en remettant en cause le cessez-le-feu temporaire destiné à mettre fin au conflit. Ses propos, rapportés par des journalistes présents, ont jeté une ombre sur une réunion cruciale pour l'avenir de l'Alliance atlantique.

Des frappes et des représailles

Quelques heures après son arrivée en Turquie mardi soir, le président américain avait ordonné des bombardements contre des cibles en Iran, justifiés par le Pentagone comme une riposte à de nouvelles attaques iraniennes contre des navires marchands dans le détroit d'Ormuz. Téhéran a répliqué mercredi en ciblant des installations militaires américaines à Bahreïn et au Koweït. Mark Rutte a qualifié ces frappes américaines « d'absolument nécessaires », estimant que l'Iran avait violé les normes internationales en frappant des navires en transit dans cette voie d'eau stratégique.

Un communiqué en préparation

Avant la prise de parole présidentielle, les responsables de l'OTAN avaient prévu d'adopter mercredi un communiqué réaffirmant l'engagement de l'Alliance en faveur de la défense collective et du soutien à l'Ukraine. Selon des sources diplomatiques, ce texte devrait promettre 80 milliards de dollars par an de la part de l'Europe et du Canada, pour cette année et la suivante. Il devrait également appeler au respect de la liberté de navigation, une allusion au blocus de facto imposé par l'Iran dans le détroit d'Ormuz pendant le conflit.

Entretiens bilatéraux et nouvelle confrontation

Le président Trump doit encore rencontrer mercredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le dirigeant syrien Ahmed al-Shara. Zelensky, de son côté, a déjà indiqué avoir eu un « échange approfondi sur les perspectives diplomatiques » avec une délégation bipartite du Sénat américain présente à Kiev. Il devrait réclamer aux alliés des missiles Patriot et des systèmes de défense antiaérienne supplémentaires pour contrer les missiles balistiques russes.

Un sommet sous tension

Alors que les responsables de l'OTAN espéraient éviter les éclats et recentrer les discussions sur les budgets de défense et l'expansion de la base industrielle militaire, les déclarations de Donald Trump ont ravivé les inquiétudes sur l'engagement américain. Le président a répété son « besoin » de contrôler le Groenland, territoire autonome rattaché au Danemark, sans toutefois renouveler explicitement la menace de retirer des troupes américaines d'Europe. Mais ses critiques acerbes contre des alliés jugés « désespérés » et son insistance à lier la contribution des pays à la guerre en Iran ont ravivé les craintes d'un affaiblissement du lien transatlantique. Le sommet se déroule alors que les États-Unis se désengagent progressivement de leurs obligations traditionnelles et que l'Europe et le Canada sont contraints d'accroître leurs propres capacités face à une Russie militarisée et agressive.