Auditionné ce mercredi 17 juin par les membres de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, le président-directeur général de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a vivement répliqué aux critiques concernant les bénéfices réalisés par son entreprise dans le contexte de la guerre en Ukraine. Repoussant catégoriquement l’étiquette de « profiteur de guerre », il a estimé que l’imposer de manière exceptionnelle reviendrait à exiger de son groupe qu’il paie « deux fois le même argent ».

« On ne peut pas vouloir nous prendre deux fois le même argent », a-t-il déclaré, pour justifier son opposition à toute nouvelle contribution sur les bénéfices, alors que plusieurs parlementaires, principalement issus des rangs de la gauche et des écologistes, lui reprochent d’engranger des sommes records sur fond de flambée des prix de l’énergie. Selon les informations recueillies, les comptes de TotalEnergies affichent une progression importante de ses profits depuis le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine, suscitant l’indignation d’une partie de l’opinion et de la classe politique.

Un face-à-face tendu avec les élus

Durant cette séance, le ton est monté entre le dirigeant et plusieurs députés. Ces derniers ont pointé du doigt la stratégie du groupe, qui continue d’exploiter des hydrocarbures et maintient des positions dans des zones de conflit. Interrogé sur les bénéfices réalisés par TotalEnergies, Patrick Pouyanné a opposé un argument de taille : la société française n’est pas la seule à profiter de la situation, et la taxation des superprofits déjà mise en œuvre au niveau européen ou national a représenté une charge fiscale supplémentaire importante. « Nous avons déjà contribué, a-t-il fait valoir, il n’est pas juste de vouloir nous taxer une nouvelle fois. »

Le gouvernement, de son côté, se trouve dans une position délicate : alors que les prix à la pompe restent élevés et que le pouvoir d’achat des ménages est mis à rude épreuve, l’exécutif doit jongler entre la nécessité de financer des mesures de soutien et la volonté de ne pas brusquer un acteur économique majeur. Aucune décision définitive n’a été prise ce jour concernant un nouvel impôt exceptionnel, mais la pression monte sur les groupes énergétiques.

Des critiques sur les pratiques commerciales

Au-delà de la question fiscale, les parlementaires ont également interrogé le PDG sur les prix pratiqués par le groupe en France et à l’international, ainsi que sur l’écart entre les marges de raffinage et les prix payés par les consommateurs. Patrick Pouyanné a défendu sa politique commerciale, assurant que TotalEnergies avait pris des mesures pour limiter la hausse des prix, notamment via des remises à la pompe et un bouclier tarifaire pour les clients les plus modestes. Il a également souligné les investissements massifs du groupe dans les énergies renouvelables, même si les députés ont relevé que la part des investissements « verts » reste très minoritaire par rapport aux dépenses dans les énergies fossiles.

Des enjeux politiques et judiciaires

Cette audition s’inscrit dans un climat de défiance croissante envers les multinationales du secteur énergétique. Plusieurs organisations non gouvernementales et associations de consommateurs ont accusé TotalEnergies de pratiques abusives et ont saisi la justice. Par ailleurs, une proposition de loi émanant de la majorité relative est en préparation pour encadrer les profits exceptionnels des entreprises du secteur, mais son adoption reste incertaine face aux réticences de certains soutiens du gouvernement.

Patrick Pouyanné, pour sa part, appelle à un « dialogue raisonné » et prévient que toute taxation supplémentaire risquerait de pénaliser la compétitivité de l’entreprise et de mettre en péril des projets d’investissement en France et à l’étranger. « Nous sommes une entreprise française, a-t-il insisté, nous devons pouvoir continuer à investir et créer des emplois sans être traités comme des ennemis publics. »

L’affaire n’est pas close : les députés ont demandé à TotalEnergies de communiquer davantage de documents comptables et prévoient de nouvelles auditions dans les prochaines semaines pour faire la lumière sur ses pratiques fiscales et commerciales. En attendant, le débat sur la moralisation des profits de guerre et la régulation des géants de l’énergie reste plus que jamais d’actualité.