Six mois après l'entrée en vigueur de l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, l'Australie fait face à un bilan contrasté. Si la loi a permis de réduire l'accès des mineurs aux plateformes, la Commission eSafety, organe de régulation des communications, alerte sur la persistance de contournements et sur la nécessité de renforcer les sanctions.
Amendes doublées pour les plateformes récalcitrantes
Le gouvernement australien a décidé de doubler les amendes infligées aux plateformes qui ne respectent pas l'interdiction. Les entreprises fautives s'exposent désormais à une amende pouvant atteindre 60 millions de dollars australiens (environ 37 millions d'euros). Cette décision intervient après que la Commission eSafety a constaté que plusieurs grandes plateformes, comme TikTok, Instagram et Snapchat, n'avaient pas mis en place de mesures efficaces pour empêcher les mineurs de créer un compte.
Des contournements toujours possibles
Selon un rapport de la Commission eSafety, les mineurs continuent de contourner l'interdiction en utilisant des comptes existants créés avant l'entrée en vigueur de la loi, ou en fournissant de fausses dates de naissance. La Commission estime que, malgré les progrès réalisés par certaines plateformes, les mécanismes de vérification de l'âge restent insuffisants. « Les plateformes doivent faire preuve de davantage de diligence pour s'assurer que les utilisateurs déclarent correctement leur âge », a déclaré une porte-parole de la Commission.
Un impact limité sur l'utilisation effective
Une première étude universitaire, menée par l'Université de Sydney, montre que l'interdiction n'a eu qu'un impact limité sur l'utilisation effective des réseaux sociaux par les mineurs. Selon cette étude, le nombre de comptes de mineurs a certes diminué de 30 % dans les trois premiers mois, mais la majorité des adolescents interrogés ont déclaré continuer à utiliser les plateformes via des comptes appartenant à des adultes ou en utilisant des applications de contournement.
Des critiques sur l'efficacité de la loi
Des organisations de défense des droits numériques critiquent l'efficacité de la loi, estimant qu'elle est trop punitive et qu'elle ne s'attaque pas aux causes profondes de l'utilisation excessive des réseaux sociaux par les mineurs. « La simple interdiction ne résout pas le problème. Il faut plutôt éduquer les jeunes et les parents, et responsabiliser les plateformes en amont », a souligné un représentant de l'association Digital Rights Watch.
Le gouvernement défend sa politique
Le gouvernement australien défend sa politique et affirme que la loi a permis de réduire l'exposition des mineurs aux contenus nocifs et à la désinformation. « Nous savons que les réseaux sociaux peuvent avoir un impact négatif sur la santé mentale des jeunes. Cette loi est un premier pas important pour les protéger », a déclaré la ministre des Communications, Michelle Rowland. Elle a également annoncé que le gouvernement allait investir dans des campagnes de sensibilisation et dans le développement de solutions technologiques de vérification de l'âge.
Un contexte international
L'Australie fait figure de pionnière dans la régulation des réseaux sociaux pour les mineurs. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et le Canada, ont annoncé des mesures similaires. Le Royaume-Uni a prévu d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans à partir du printemps 2027, tandis que le Canada a présenté un projet de loi allant dans le même sens. Ces initiatives s'inscrivent dans un mouvement mondial visant à mieux protéger les enfants en ligne.