Six mois après l'entrée en vigueur de l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, l'Australie dresse un premier bilan nuancé de cette mesure pionnière. Selon l'organisme national chargé de la sécurité en ligne, la eSafety Commission, environ 5 millions de comptes ont été désactivés depuis décembre 2025 (sur un total de 5,8 millions de mineurs dans un pays de 28 millions d'habitants).
Des comptes supprimés mais des contournements observés
Si le chiffre des comptes désactivés témoigne d'une application massive de la restriction, des cas de contournement ont déjà été signalés. Des mineurs auraient réussi à accéder aux plateformes en utilisant de fausses dates de naissance ou en obtenant l'aide de leurs parents. La eSafety Commission a ouvert plusieurs enquêtes contre les principales plateformes présentes dans le pays, suspectées de ne pas avoir mis en œuvre tous les moyens techniques pour empêcher ces accès frauduleux.
Un débat relancé au niveau international
Ce bilan intervient alors que la question de la protection des plus jeunes sur les réseaux sociaux s'invite au sommet du G7, réuni cette semaine à Évian. Les dirigeants des pays membres ont réaffirmé leur volonté de « fournir aux mineurs un espace numérique plus sûr ». Plusieurs États, dont le Royaume-Uni et le Canada, ont récemment annoncé des projets d'interdiction similaires.
Le Royaume-Uni s'aligne sur l'échéance de 2027
Le gouvernement britannique de Keir Starmer a officialisé, le 15 juin 2026, l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans à partir du printemps 2027. Cette décision s'inscrit dans la lignée de la législation australienne, mais avec un calendrier légèrement décalé. Londres souhaite ainsi laisser le temps aux plateformes de se conformer aux nouvelles obligations de vérification d'âge.
Le Canada prépare sa propre législation
De son côté, le gouvernement canadien a annoncé, le 11 juin 2026, son intention d'interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Ottawa planifie une mesure similaire à celle de l'Australie et du Royaume-Uni, mais n'a pas encore fixé de date d'entrée en vigueur. Ces annonces successives témoignent d'un mouvement mondial contre l'accès des mineurs aux plateformes numériques.
Premières leçons de l'expérience australienne
L'expérience australienne, bien que partielle, apporte déjà des enseignements. Outre les difficultés techniques de mise en œuvre, les autorités constatent un effet secondaire positif : une augmentation déclarée des interactions sociales « dans le monde réel » chez les adolescents. Cependant, les experts de la eSafety Commission soulignent que l'effectivité de la mesure dépendra de sa capacité à s'adapter aux évolutions technologiques et aux comportements des jeunes.
Des défis techniques et juridiques
Les plateformes concernées – une dizaine au total, dont Instagram, TikTok et YouTube – sont tenues de mettre en place des systèmes de vérification d'âge fiables. La eSafety Commission a déjà adressé des avertissements à plusieurs d'entre elles, les enjoignant de renforcer leurs dispositifs sous peine de sanctions financières. Le débat reste ouvert sur la proportionnalité de ces mesures et sur la protection des données personnelles des utilisateurs.