Un décalage entre croyance et prédication
Alors que le réchauffement planétaire s’accélère et que l’administration américaine remet en cause de nombreuses réglementations écologiques, une étude de 2025 publiée dans une revue scientifique apporte un éclairage frappant sur le monde religieux aux États-Unis. Selon ces travaux, près de 90 % des responsables religieux de toutes les grandes confessions chrétiennes du pays estiment que le changement climatique est au moins en partie provoqué par l’activité humaine. Pourtant, seule la moitié d’entre eux ont déjà abordé ce sujet avec leur assemblée.
Ce constat a été établi par des chercheurs dont Styliano Syropoulos, professeur adjoint à l’École de la durabilité de l’université d’État de l’Arizona. « Le simple fait qu’ils s’en préoccupent ne signifie pas qu’ils se sentent obligés d’en parler », explique-t-il. Il ajoute que plusieurs facteurs expliquent ce décalage : certains pasteurs estiment ne pas être suffisamment préparés pour traiter la question, d’autres considèrent que ce n’est pas leur rôle. « Le changement climatique, du moins aux États-Unis, est une question profondément politisée », souligne-t-il.
Des voix discordantes au sein des Églises
Dans ce contexte, certains pasteurs choisissent de briser le silence. C’est le cas du révérend Bradley Mattson, de l’Église épiscopale de l’Espérance en Pennsylvanie. Pour lui, la division des opinions sur le climat dans la société américaine constitue une raison supplémentaire d’en parler, et non de se taire. « Je dirais que des forces politiques, dans ce pays et ailleurs dans le monde, s’efforcent de nier l’impact humain sur notre climat, affirme-t-il. Elles travaillent activement à dire : ‘Nous ne pouvons rien y faire. Alors, coupons, fauchons, pulvérisons, et faisons ce que nous voulons.’ »
Le révérend Mattson critique ce qu’il appelle le « capitalisme du Second Avènement », une vision du monde qui, selon lui, pousse à une consommation effrénée en partant du principe que Dieu reviendra détruire la Terre pour la recréer. Il estime que cette interprétation est le fruit d’une lecture erronée du texte hébreu de la Genèse, où l’injonction à « remplir la Terre et la soumettre » est souvent comprise comme une incitation à l’exploitation, alors qu’il s’agit d’un appel à la bonne intendance.
Le pasteur a engagé son Église dans le plaidoyer climatique, la reforestation et la protection du bassin versant de la grande baie de Chesapeake, qui s’étend sur six États, dont New York. Dans l’ensemble, sa congrégation le soutient.
Des résistances et un contexte politique hostile
Mais l’engagement n’est pas toujours bien accueilli. Dans le Maryland voisin, Brother Ken Taylor a fait l’expérience des résistances lorsqu’il a tenté d’introduire la question de la protection de la planète au sein de sa communauté. L’article ne précise pas la nature exacte de ces oppositions, mais elles illustrent les difficultés que peuvent rencontrer les responsables religieux désireux d’aborder des sujets perçus comme politiques.
Le contexte politique est en effet marqué par un recul des mesures environnementales. Depuis son retour au pouvoir, le président Donald Trump a bloqué le développement des énergies renouvelables, favorisé l’extraction et l’utilisation des énergies fossiles polluantes, et annulé des dizaines de réglementations destinées à protéger l’environnement, tant au niveau national qu’international.
« Chacun d’entre nous a la capacité d’aller trop loin dans l’exercice du pouvoir, et nous devons nous contrôler pour cela, déclare le révérend Mattson. Je pense que certains groupes de personnes utilisent le pouvoir pour une consommation effrénée, et il n’y a tout simplement pas de Jésus là-dedans. »
La question de la responsabilité chrétienne
La Genèse appelle les croyants à être de bons intendants de la Création, mais cette injonction est interprétée de manière très diverse. Pour certains, elle justifie une exploitation sans limites ; pour d’autres, elle impose une responsabilité écologique active. Ce clivage théologique se superpose aux clivages politiques, rendant le sujet particulièrement sensible dans un pays où la religion demeure un marqueur identitaire fort.
L’étude de 2025 montre que la majorité des fidèles américains ne reçoivent pas de message clair sur le climat de la part de leurs pasteurs, malgré leur conviction personnelle. Ce silence pourrait avoir des conséquences sur la mobilisation des communautés religieuses, traditionnellement influentes dans la société américaine, face à l’urgence environnementale.