Alors que l'administration Trump multiplie les dérégulations environnementales, un fossé se creuse entre les appels de certains leaders religieux à protéger la Création et la réticence persistante de nombreux pasteurs américains à aborder le changement climatique dans leurs prêches.

De l'environnement à la théologie Plusieurs facteurs expliquent cette frilosité. D'après des enquêtes et des témoignages recueillis récemment, la peur de diviser une congrégation sur un sujet devenu politiquement clivant est l'obstacle principal. Beaucoup de pasteurs estiment que leur rôle est d'annoncer l'Évangile et non de prendre position sur des questions politiques ou scientifiques. Certains théologiens conservateurs considèrent par ailleurs que la fin des temps est proche et que les dégradations écologiques font partie d'un plan divin, ce qui rend toute action environnementale secondaire, voire vaine.

Un appel biblique à la protection de la terre À l'opposé, des figures chrétiennes influentes rappellent que la Bible demande aux humains d'être de bons intendants de la Création. Le récent recul des protections environnementales américaines, qui touche aussi bien les émissions de gaz à effet de serre que la protection des espèces menacées ou la qualité de l'eau, a redonné une actualité brûlante à cet appel. Des pasteurs plus progressistes, souvent issus d'Églises historiques ou de sensibilité libérale, intègrent désormais des références à l'écologie dans leurs sermons, invitant leurs paroissiens à considérer la crise climatique comme une question morale.

Des obstacles concrets Pourtant, au-delà des divergences théologiques, des obstacles pratiques entravent l'engagement des pasteurs. Le manque de formation sur le sujet, la crainte de perdre des membres ou des dons, et l'absence de ressources adaptées pour parler de science en chaire sont régulièrement cités. Même parmi ceux qui se disent personnellement préoccupés par le climat, beaucoup hésitent à franchir le pas. L'enjeu est aussi générationnel : les plus jeunes pasteurs sont généralement plus ouverts à lier foi et écologie, mais ils se heurtent souvent à la résistance d'aînés ou de conseils presbytéraux conservateurs.

Un contexte politique tendu La politisation extrême du débat climatique aux États-Unis complique encore la donne. Dans un pays où l'identité politique influence fortement le choix de l'Église, un sermon sur le réchauffement peut être perçu comme une prise de position partisane. Certains pasteurs préfèrent donc aborder le sujet de manière indirecte, en parlant de « bonne gestion », de « simplicité volontaire » ou de « justice pour les pauvres », sans jamais prononcer les mots « changement climatique ». Cette approche permet de rester fidèle à une éthique chrétienne sans s'aventurer sur un terrain politique miné.

Des initiatives émergentes Malgré ces freins, des initiatives se multiplient pour briser le silence. Des réseaux interconfessionnels proposent des formations, des guides de prédication et des ateliers de sensibilisation. Certaines grandes dénominations protestantes ont adopté des résolutions appelant à une action climatique. Mais la mise en œuvre locale reste très inégale. Dans les régions rurales du Midwest ou du Sud, où l'économie dépend souvent des énergies fossiles, le sujet est particulièrement sensible.

Perspectives La question de la prédication sur le climat aux États-Unis est donc loin d'être tranchée. Elle reflète les tensions plus larges entre foi, science et politique dans la société américaine. Alors que les impacts du changement climatique s'intensifient (incendies, inondations, canicules), le débat au sein des Églises pourrait s'accélérer. Mais pour l'heure, une majorité de pasteurs continue de garder le silence, laissant à une minorité militante le soin de porter un message qui, selon elles, est profondément biblique.