La Fédération de l’épicerie et du commerce de proximité (FECP) a officialisé, ce mardi, le déploiement d’une campagne nationale intitulée « Avec nous, ça ne passe pas ». L’initiative vise à rappeler aux commerçants comme aux consommateurs l’interdiction légale de vendre des boissons alcoolisées aux personnes âgées de moins de 18 ans. Selon l’organisation professionnelle, environ 5 000 magasins adhérents participent à cette opération, qui doit se matérialiser par l’affichage de supports visuels et la distribution de documents pédagogiques.
Le déclencheur de cette mobilisation est une série de tests menés en 2025 par l’association Addictions France dans les villes de Nantes, Angers et Rennes. Ces contrôles, réalisés sous forme d’achats tests par des jeunes munis d’une pièce d’identité attestant de leur minorité, ont abouti à un constat alarmant : près de neuf commerces sur dix, toutes catégories confondues (petite et grande distribution), ont accepté de vendre de l’alcool à un mineur, en violation de la loi. Ce taux de non-respect de la réglementation a incité la FECP à agir.
La campagne « Avec nous, ça ne passe pas » se veut avant tout un outil de prévention et de rappel des obligations légales. Les commerçants participants s’engagent à afficher une signalétique visible en caisse, à former leur personnel à la vérification systématique de l’âge des clients et à refuser toute vente douteuse. La FECP insiste sur le fait que la loi n’est pas optionnelle et que la santé des adolescents est en jeu. L’objectif est de réduire progressivement les infractions constatées et de faire évoluer les comportements, tant du côté des vendeurs que des jeunes consommateurs.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur interpelle. Les tests d’Addictions France, bien que limités à trois métropoles, donnent une indication de la réalité nationale. La facilité avec laquelle des mineurs peuvent se procurer de l’alcool dans les commerces de proximité est régulièrement dénoncée par les associations de santé publique. En réponse, la FECP entend montrer que les professionnels du secteur prennent le problème au sérieux et sont prêts à s’engager concrètement.
Au-delà des affichettes, la campagne prévoit un accompagnement des gérants via des fiches pratiques et des conseils pour gérer les situations conflictuelles avec des clients mineurs ou leurs proches. La FECP rappelle que le vendeur qui ne respecte pas l’interdiction s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 7 500 euros, sans compter les risques de fermeture administrative. L’organisation souhaite également sensibiliser les parents au rôle qu’ils ont à jouer dans la prévention de l’alcoolisation précoce.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la loi du 5 mars 2009 a abaissé à 18 ans l’âge légal pour acheter de l’alcool, renforçant les dispositions existantes. Malgré ce cadre, les achats tests montrent que les contrôles et les sanctions restent insuffisants pour dissuader la vente aux mineurs. La FECP espère que sa campagne, par sa visibilité et sa dimension collective, contribuera à inverser la tendance.
Les premières réactions des commerçants sont positives, selon la fédération. Beaucoup reconnaissent qu’il est parfois difficile de refuser la vente face à l’insistance de jeunes clients, mais disent comprendre l’importance de la règle. La FECP prévoit d’étendre la campagne à davantage de magasins dans les mois à venir, en fonction des retours des adhérents. Un bilan chiffré des infractions dans les magasins participants devrait être dressé d’ici la fin de l’année.
En attendant, le message est clair : dans les épiceries de quartier arborant le logo de la campagne, « Avec nous, ça ne passe pas » n’est pas qu’un slogan, mais un engagement concret pour la protection des mineurs.