La perspective d’une baisse de 13 % du prix fabricant du paracétamol suscite l’incompréhension des laboratoires français. Ceux-ci viennent tout juste de relocaliser une partie de leur production sur le territoire national, dans le cadre d’une stratégie de souveraineté sanitaire encouragée par les pouvoirs publics. La décision, en cours de discussion avec le Comité économique des produits de santé (CEPS), organe rattaché au ministère de la Santé, intervient alors que le moratoire qui maintenait le prix de la boîte de paracétamol à un niveau stable arrive à son terme.
Les industriels dénoncent une mesure « incompréhensible » et « insensée ». Selon eux, cette diminution du tarif réglementé risquerait de fragiliser les chaînes de production locales, récemment remises en service après des années de délocalisation massive en Asie. La relocalisation de la fabrication du paracétamol, molécule la plus consommée en France, est présentée comme un enjeu majeur pour réduire la dépendance aux importations, notamment chinoises et indiennes.
Un coup d’arrêt à la relocalisation ?
Les laboratoires concernés estiment qu’une telle baisse de prix compromettrait la rentabilité des sites français, déjà exposés à des coûts de production plus élevés que ceux de leurs concurrents asiatiques. Ils plaident pour un maintien du prix actuel afin de garantir un retour sur investissement et de sécuriser l’approvisionnement national. La décision finale du CEPS, qui devrait être annoncée dans les prochaines semaines, est donc suivie de près par l’ensemble du secteur.
Cette situation met en lumière les tensions entre les objectifs de maîtrise des dépenses de santé et la volonté de renforcer l’indépendance industrielle de la France. Alors que le pays s’était engagé dans une politique de relocalisation des médicaments essentiels après les pénuries liées à la pandémie de Covid-19, cette nouvelle orientation pourrait enrayer la dynamique.
Des négociations serrées à venir
Les discussions entre les laboratoires et le CEPS s’annoncent tendues. Les industriels entendent défendre leurs positions en mettant en avant les investissements déjà réalisés et les emplois créés ou préservés. Ils soulignent également que le paracétamol est un produit à faible valeur ajoutée, dont la marge est déjà très réduite. Toute compression supplémentaire, selon eux, rendrait la production hexagonale non viable.
En attendant, les patients ne devraient pas constater de changement immédiat dans le prix des boîtes de paracétamol, le tarif étant réglementé et les négociations n’ayant pas encore abouti. L’issue de ce bras de fer aura des répercussions non seulement sur l’avenir du made in France pharmaceutique, mais aussi sur la capacité du pays à éviter de nouvelles pénuries de ce médicament de première nécessité.