Les stratèges de Bank of America ont adressé un avertissement clair aux investisseurs : le moment est venu d’encaisser les plus-values accumulées sur les actions américaines. Dans une note récente adressée à leurs clients, les analystes dirigés par Savita Subramanian soulignent que sept de leurs dix « signaux de marché baissier » se sont déjà activés, un chiffre qui a augmenté rapidement depuis le printemps.
Des signaux d’alerte se multiplient
Cinq de ces indicateurs avaient déjà viré au rouge en avril, et deux supplémentaires ont basculé en mai, expliquent les stratèges. Ces signaux couvrent un large éventail de données, allant de la confiance des consommateurs aux anticipations de performance boursière, en passant par les tensions sur le crédit et le resserrement des conditions de prêt. L’un des indicateurs les plus frappants concerne l’écart entre les actions à ratio cours/bénéfice élevé et celles à faible ratio : les premières surperforment nettement les secondes, ce que la banque interprète comme « un signe de spéculation excessive ». Par ailleurs, les « attentes de croissance à long terme démesurées » ont atteint des niveaux qui, selon l’établissement, rendent les actions « plus vulnérables aux déceptions ».
Un marché onéreux selon de multiples mesures
L’indice S&P 500 affiche une progression d’environ 8 % depuis le début de l’année. Pourtant, d’après l’analyse de Bank of America, il est « statistiquement cher sur 17 des 20 mesures » retenues, et se négocie à des niveaux supérieurs à ceux de la bulle Internet sur huit de ces indicateurs. Dans le secteur technologique, qui pèse le plus lourd dans l’indice en termes de capitalisation, la dispersion des performances est la plus large depuis février 2000 : l’écart entre les actions médianes du quintile le plus performant et celles du quintile le moins performant n’a jamais été aussi grand depuis le début du siècle.
Des fondamentaux technologiques qui se dégradent
Bien que les fondamentaux du secteur technologique soient globalement plus sains qu’avant l’éclatement de la bulle Internet, les stratèges notent que plusieurs de ces mesures se détériorent. La conversion du flux de trésorerie stagne, l’offre de crédit investment grade et d’actions a augmenté, et les rachats d’actions en proportion de la capitalisation boursière ralentissent. En outre, les dépenses d’investissement des hyperscalers, exprimées en pourcentage de leur flux de trésorerie d’exploitation, devraient atteindre près de 100 % d’ici la fin de l’année. « Des mouvements de prix extrêmes pourraient annoncer une instabilité croissante », avertissent les analystes.
Des opportunités à choisir, mais pas à l’échelle de l’indice
Pour autant, la banque n’appelle pas à un désinvestissement total. « Nous voyons des opportunités dans les actions du S&P 500, mais pas dans l’indice pondéré par la capitalisation boursière dans son ensemble », a déclaré Savita Subramanian, suggérant que les investisseurs doivent faire preuve de sélectivité. Elle fixe un objectif de fin d’année pour le S&P 500 à 7 100 points, un niveau inférieur aux quelque 7 400 points auxquels l’indice évoluait ces derniers jours. Cet écart reflète la prudence de la banque quant à la poursuite de la hausse du marché dans son ensemble, tout en reconnaissant que des valeurs individuelles peuvent encore offrir des rendements attractifs.