L'ancien commissaire européen et négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne, Michel Barnier, a relancé le débat sur une éventuelle réintégration du Royaume-Uni dans l'UE. Dans des déclarations récentes, il a jugé « tout à fait possible » que Londres retrouve sa place au sein des institutions européennes, à condition que des exemptions spécifiques soient négociées. Cette prise de position intervient alors que les relations entre Bruxelles et Londres connaissent une phase de réchauffement progressif, près d'une décennie après le référendum de 2016. Interrogé sur les conditions d'un tel retour, l'ancien négociateur a évoqué la possibilité de maintenir certains des aménagements obtenus par le Royaume-Uni lors des négociations post-Brexit, notamment dans les domaines de la sécurité et de la défense.
Une hypothèse qui divise
Les réactions au sein des Vingt-Sept sont pour l'heure marquées par une grande prudence. Plusieurs capitales européennes, notamment celles des pays ayant subi des pertes budgétaires significatives après le départ britannique, considèrent qu'un retour ne pourrait se faire sans une révision majeure des traités. Un diplomate européen a confié que « la confiance érodée par des années de Brexit ne s'est pas encore totalement rétablie ». Selon lui, si une coopération stratégique est envisageable sur des dossiers précis, une réintégration pleine et entière semble pour l'instant exclue.
Des points de blocage persistants
Le principal obstacle demeure la question des « exemptions » que Michel Barnier juge nécessaires pour faciliter un éventuel retour. Ces exemptions, qui porteraient entre autres sur la contribution financière britannique au budget européen et sur la libre circulation des personnes, sont perçues par de nombreux États membres comme une remise en cause des principes fondamentaux de l'UE. Un responsable européen a ainsi déclaré que « l'Union ne peut pas fonctionner à la carte ». L'ancien négociateur lui-même a reconnu qu'un tel scénario nécessiterait une « volonté politique forte » des deux côtés de la Manche.
Une opinion publique partagée
Au Royaume-Uni, l'idée d'un retour dans l'UE reste clivante. Si certains sondages récents montrent une légère progression du nombre de Britanniques favorables à une adhésion – principalement parmi les jeunes générations et les électeurs des grandes métropoles –, une majorité de la population se montre toujours réticente. Les partisans du Brexit mettent en garde contre un « double jeu » qui affaiblirait la souveraineté nationale, tandis que les europhiles jugent cette hypothèse encore trop lointaine. Le gouvernement britannique, de son côté, n'a pas réagi officiellement aux propos de Michel Barnier.
Une relance des discussions ?
Malgré ces réserves, certains observateurs estiment que cette intervention pourrait relancer les discussions informelles entre Bruxelles et Londres. La prochaine réunion des chefs d'État et de gouvernement de l'UE, prévue dans les prochaines semaines, pourrait être l'occasion d'aborder la question. D'ici là, les Vingt-Sept devront se positionner sur l'opportunité d'ouvrir un chantier aussi sensible, alors que l'UE est déjà confrontée à de multiples défis internes et externes.