L'explosion du lanceur New Glenn, survenue fin mai lors d'un essai au pas de tir, continue de provoquer des secousses dans le secteur spatial américain. L'entreprise Blue Origin, fondée par Jeff Bezos, doit désormais faire face à une double menace : les exigences de la Nasa pour le programme lunaire Artemis et une offensive judiciaire qui pourrait bouleverser l'équilibre concurrentiel.
La Nasa met la pression pour le transport lunaire
L'agence spatiale américaine a signifié à Blue Origin qu'elle attendait, sous un mois, la présentation d'un plan B pour le transport d'astronautes vers la Lune. Cette exigence découle directement de l'incident ayant détruit le New Glenn, qui devait être le lanceur principal du vaisseau lunaire Blue Moon Mark 2, actuellement en développement. Sans ce lanceur, le calendrier du contrat Artemis V, attribué à Blue Origin en 2023, est compromis. La Nasa a précisé que si aucune solution crédible n'est proposée dans les délais impartis, elle se réserve le droit de réattribuer le contrat ou d'imposer des pénalités financières significatives. Un porte-parole de l'agence a déclaré : « Nous avons besoin d'une garantie que les missions habitées vers la surface lunaire pourront être maintenues selon le calendrier fixé. »
Blue Origin contre-attaque en justice
Parallèlement, Blue Origin a déposé une plainte devant un tribunal fédéral américain contre SpaceX et United Launch Alliance (ULA). L'entreprise accuse ses deux concurrents d'avoir mené des activités de lobbying illégal, en violation des règles de conflits d'intérêts. La plainte, dont le contenu a été révélé par des sources proches du dossier, vise en particulier un ancien haut responsable de la Nasa, Bill Gerstenmaier, qui occupait un poste clé dans le programme Artemis avant de rejoindre SpaceX. Blue Origin affirme que ce transfert a permis à SpaceX d'obtenir des informations confidentielles et d'influencer les décisions de la Nasa en sa faveur, au détriment d'une concurrence loyale. L'entreprise réclame 200 milliards de dollars de dommages et intérêts, une somme qui représente une part importante des budgets alloués à l'exploration lunaire.
Spacex a immédiatement rejeté ces accusations, les qualifiant de « sans fondement » et de « tentative désespérée de détourner l'attention des échecs techniques de Blue Origin ». ULA, de son côté, a indiqué n'avoir « aucun commentaire à faire sur une procédure en cours ». Cette action en justice pourrait entraîner des retards dans le programme Artemis, si le tribunal ordonne une suspension temporaire des contrats en cours ou une enquête approfondie.
Un calendrier lunaire menacé
Ces deux développements placent Blue Origin dans une position délicate. D'un côté, l'entreprise doit rapidement démontrer sa capacité à honorer ses engagements lunaires sans le New Glenn ; de l'autre, elle tente par une voie judiciaire de ralentir ses rivaux, accusés d'avoir bénéficié de pratiques déloyales. La Nasa, qui supervise l'ensemble du programme Artemis, observe avec attention ces évolutions. L'agence a déjà dû réviser ses plans à plusieurs reprises face aux aléas techniques et politiques. L'explosion du New Glenn et la plainte de Blue Origin pourraient ajouter de nouvelles incertitudes sur la date du retour d'astronautes sur la Lune, actuellement prévue pour la fin de la décennie.
Interrogé sur la possibilité d'une renégociation des contrats, un responsable de la Nasa a indiqué : « Nous évaluons toutes les options pour garantir le succès de la mission. Nous travaillerons avec tous nos partenaires pour trouver des solutions. » La balle est désormais dans le camp de Blue Origin, qui doit à la fois reconstruire son lanceur et convaincre son principal client qu'elle reste un partenaire fiable.