L'explosion qui a réduit en cendres la fusée New Glenn le 28 mai dernier n'était pas qu'un simple accident de plus. Les dégâts infligés au complexe de lancement LC-36, seule installation capable d'accueillir ce lanceur lourd, aggravent considérablement la situation de Blue Origin. Contrairement à certains concurrents qui disposent de plusieurs sites, l'entreprise de Jeff Bezos se retrouve sans solution de repli immédiate, et les estimations les plus optimistes évoquent un retour aux vols dans un délai d'environ quinze mois.
Une infrastructure unique gravement endommagée
Le test de mise à feu statique censé préparer la quatrième mission de New Glenn a tourné au désastre. Alors que la Federal Aviation Administration (FAA) venait tout juste de lever le gel réglementaire imposé après l'échec du vol précédent en avril, une boule de feu gigantesque a détruit le lanceur et gravement endommagé le pas de tir LC-36. Des travaux préliminaires sur une rampe voisine ainsi qu'un projet de site à Vandenberg, en Californie, existent, mais ils n'en sont qu'à leurs balbutiements. Selon des personnes informées des opérations de remise en état, le scénario le plus optimiste table sur une interruption des lancements de quinze mois.
La constellation Kuiper d'Amazon directement menacée
Amazon, autre entreprise de Jeff Bezos, est la première victime collatérale de cette catastrophe. Sa constellation de satellites Kuiper doit respecter un seuil minimal de 1 618 satellites en orbite imposé par les autorités de régulation. Sans New Glenn, qui devait emporter 48 satellites par vol, Amazon doit se contenter de lanceurs moins puissants, comme Ariane 64, capable d'en placer 16 de moins à chaque mission. Cette limitation fragilise le calendrier déjà serré du déploiement et la course face à Starlink.
Les ambitions lunaires de la Nasa compromises
Au-delà des intérêts commerciaux, c'est tout le programme lunaire américain qui se trouve affaibli. New Glenn était le seul lanceur capable d'acheminer l'alunisseur Blue Moon Mark 1 vers la Lune. La Nasa avait confié à Blue Origin, quelques jours avant l'explosion, un contrat de 280,4 millions de dollars pour deux missions lunaires d'ici 2028. Ces échéances deviennent aujourd'hui très incertaines. De plus, l'agence spatiale prévoit de tester Blue Moon lors de la mission Artemis III, programmée pour 2027. Sans New Glenn pour effectuer les vols de validation nécessaires, ce calendrier paraît intenable. La Nasa devra choisir entre un report ou une dépendance exclusive vis-à-vis de SpaceX et son Starship, ce qui réduirait la diversité des capacités d'accès à l'espace.
Un avenir incertain pour Blue Origin
Blue Origin, qui était au sommet de son activité avec des programmes majeurs en cours, se retrouve dans une position délicate. La reconstruction du pas de tir et la remise en service du lanceur sont des opérations longues et coûteuses. L'entreprise devra également gérer les conséquences sur sa réputation et ses relations avec ses clients. La situation illustre la fragilité d'une infrastructure spatiale dépendante d'un unique site de lancement, et souligne les défis auxquels fait face le secteur privé dans la conquête spatiale.