Le président bolivien, Paz Pereira, a annoncé la levée progressive des barrages routiers qui paralysent une partie du pays depuis sept semaines. L'accord, obtenu sans effusion de sang, prévoit une reprise échelonnée de la circulation sur les axes principaux, sous supervision militaire. Les discussions, menées entre le gouvernement, les représentants des transporteurs et les principaux syndicats, ont abouti à un compromis en sept points, dont les détails n'ont pas été entièrement rendus publics. Les autorités ont confirmé que l'armée est déployée pour garantir la sécurité des tronçons dégagés et prévenir toute reprise des hostilités.

Un conflit aux causes multiples

La crise trouve son origine dans une série de revendications économiques et sociales. Les transporteurs protestaient contre la hausse du prix du carburant et les péages, tandis que les syndicats réclamaient des augmentations de salaire et une revalorisation des retraites. L'état d'exception, décrété par le président le 20 juin, avait permis de suspendre certaines garanties constitutionnelles, mais les blocages s'étaient poursuivis dans plusieurs régions, notamment dans les départements de Santa Cruz, Cochabamba et La Paz. Le bilan humain de cette période reste incertain : des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait plusieurs blessés, mais aucun décès n'a été officiellement recensé.

Le détail de l'accord

Le compromis, officialisé le 25 juin, prévoit une libération immédiate des axes reliant La Paz à El Alto, ainsi que des routes menant aux postes frontaliers avec le Chili et l'Argentine. D'ici la fin de la semaine, d'autres routes secondaires seront progressivement rouvertes. En échange, le gouvernement s'engage à subventionner temporairement le carburant et à suspendre les péages sur certaines sections autoroutières. Les syndicats ont obtenu la promesse d'une hausse du salaire minimum de 8 % à compter du 1er juillet, ainsi que l'indexation des pensions sur l'inflation. Un médiateur indépendant supervisera la mise en œuvre de ces mesures.

Réactions politiques

L'opposition parlementaire a salué « une victoire de la raison » tout en avertissant que le coût des subventions pourrait peser sur les finances publiques. Les organisations de défense des droits de l'homme ont appelé à la levée de l'état d'exception, jugé disproportionné. De son côté, le président Paz Pereira a déclaré que cet accord « démontre la maturité démocratique du peuple bolivien » et a remercié les médiateurs pour leur travail.

Situation sur le terrain

Dans les zones les plus touchées, la circulation reprend timidement. Les files d'attente aux stations-service s'estompent, mais les prix des denrées alimentaires restent élevés en raison de la rupture des chaînes d'approvisionnement. L'armée patrouille sur les axes libérés, et des checkpoints ont été installés pour contrôler l'identité des conducteurs. Les écoles, fermées pendant la crise dans plusieurs villes, rouvriront progressivement à partir de lundi. Le secteur du tourisme, très affecté, espère un retour à la normale pour la saison hivernale.

Enjeux à venir

L'accord ne met pas fin à toutes les tensions. Des groupes de transporteurs indépendants réclament toujours une baisse plus importante des prix du diesel, tandis que les syndicats enseignants n'ont pas signé le compromis. Le gouvernement devra également trouver un financement pour les subventions promises, ce qui pourrait passer par une hausse de la fiscalité sur les hydrocarbures. La communauté internationale suit de près l'évolution de la situation : le Fonds monétaire international (FMI) a suspendu ses programmes d'aide pendant la crise, et sa reprise dépendra de la stabilisation du budget. En attendant, les Boliviens renouent avec une vie quotidienne moins entravée, même si les séquelles économiques de ces sept semaines de blocages se feront sentir pendant plusieurs mois.