L'épisode de chaleur intense qui accable plusieurs pays d'Europe depuis des jours a poussé la France à relever son niveau d'alerte sanitaire au maximum, tandis que les autorités de plusieurs États signalent une aggravation du bilan humain. Le phénomène météorologique se déplace maintenant vers l'est du continent, avec des avertissements d'extrême chaleur émis pour l'Allemagne et la République tchèque.
La France en état d'alerte sanitaire maximale
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que le plan Orsan, le dispositif d'urgence sanitaire français, passait à son plus haut niveau de mobilisation. Cette décision vise à renforcer les effectifs hospitaliers et à protéger les personnes les plus vulnérables. Dans le même temps, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a fait état de décès parmi les jeunes adultes en lien direct avec les températures caniculaires, s'ajoutant aux victimes âgées habituellement recensées lors de tels événements.
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a alerté sur une hausse de la mortalité dans la capitale, où la chaleur persiste depuis plusieurs jours. Il a lancé un appel à la responsabilité de la population, en particulier des jeunes sportifs qu'il a vus courir en plein épisode de chaleur, jugeant ce comportement irresponsable. Il a conseillé de reporter tout effort physique de quelques jours, le temps de la fin de l'alerte rouge.
Un bilan humain qui s'alourdit
Le bilan humain s'est aggravé avec plusieurs décès signalés. Un enfant de trois ans a été retrouvé sans vie dans une voiture dans la région parisienne. Cette tragédie survient après la mort de deux jeunes enfants, également découverts dans le véhicule familial à Carpentras, dans le sud de la France, quelques jours plus tôt.
Dans la région de Rennes, le chef du service des urgences, le professeur Louis Soulas, a indiqué que cinq ou six personnes étaient mortes à leur domicile, vraisemblablement sous l'effet des températures extrêmes. Les secours avaient été alertés après que ces personnes n'avaient pas répondu aux appels de téléassistance. Il a précisé que les victimes n'étaient pas toutes très âgées : certaines avaient autour de 60 ans. Soulas a également prévenu que les services de réanimation de la région étaient saturés, atteignant un pic d'activité.
Les autorités françaises ont également signalé au moins 48 noyades depuis le début de la canicule, liées aux comportements de rafraîchissement. Un chercheur et expert en adaptation des bâtiments au réchauffement climatique, auteur d'un rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a témoigné de la difficulté de vivre dans ces conditions : « C'est juste insupportable », a-t-il déclaré, précisant qu'il s'évanouissait dans son appartement à Paris, malgré l'absence de problème de santé préexistant.
Records de chaleur et saturation des infrastructures
La France a connu sa journée la plus chaude jamais enregistrée mercredi, après avoir déjà battu un record la veille. Météo-France a relevé une température minimale moyenne de 22 degrés Celsius dans la nuit de mercredi. La ville de Nantes, dans le nord-ouest, a atteint 27,2 degrés Celsius. À Rennes, le record de 40,6 degrés Celsius établi lundi a été effacé dès le lendemain avec 41 degrés Celsius, pulvérisant le précédent record datant de 2022.
Les infrastructures touristiques et culturelles sont également touchées. Des monuments emblématiques comme la tour Eiffel et le musée du Louvre ont fermé leurs portes plus tôt que d'habitude. Des milliers d'écoles ont été fermées ou ont adapté leurs horaires, mais beaucoup, dépourvues de climatisation, sont restées ouvertes. Les transports ferroviaires ont subi des perturbations, les prix de l'énergie ont grimpé et des coupures de courant ont affecté plusieurs milliers de foyers en Bretagne ainsi que dans des villes italiennes comme Turin et Milan. La traditionnelle Fête de la Musique du week-end dernier a vu la vente d'alcool en extérieur restreinte.
La vague de chaleur se déplace vers l'Est
Alors que l'Espagne, la France et le Royaume-Uni suffoquent depuis plusieurs jours, les prévisionnistes annoncent désormais un déplacement du dôme de chaleur vers l'est. L'Allemagne s'attend à des températures pouvant atteindre 40 degrés Celsius dans certaines zones de l'ouest et du sud-ouest jeudi, et sur l'ensemble du territoire vendredi. La République tchèque a placé une grande partie de son territoire en alerte météorologique extrême.
Le responsable climat des Nations unies, Simon Stiell, a déclaré que « la canicule brutale en Europe porte les empreintes digitales de la crise climatique » et a appelé à une accélération de la transition vers les énergies renouvelables, à la protection des forêts et au renforcement de la résilience climatique.
Des mesures de protection jugées insuffisantes
La canicule actuelle rappelle le drame de l'été 2003, qui avait causé environ 70 000 décès sur le continent. Malgré la mise en place, depuis, de dispositifs de protection tels que des sites de rafraîchissement et des registres pour les personnes vulnérables, ces mesures peinent à endiguer la menace croissante. L'Organisation mondiale de la santé estime que la chaleur a déjà tué plus de 200 000 personnes en Europe ces dernières années.
Seul un quart environ du parc de logements français dispose d'un système de climatisation, une proportion très inférieure à celle des États-Unis ou d'autres régions du monde. Une grande partie de ces habitations reste mal adaptée aux épisodes prolongés de chaleur dangereuse que connaît l'Europe depuis quelques décennies.