La Commission européenne a officiellement ordonné à Meta de rétablir, sans frais, l'accès de sa messagerie WhatsApp aux assistants d'intelligence artificielle concurrents, parmi lesquels ChatGPT, Gemini et Perplexity. Cette décision, annoncée le 9 juin 2026, prend la forme d'une mesure provisoire – un outil juridique exceptionnel dans le droit européen de la concurrence – et s'appliquera durant toute la durée de l'enquête antitrust ouverte à l'encontre du groupe américain.
L'origine du litige remonte à un changement de politique adopté par Meta à partir du 15 octobre 2025. Jusqu'à cette date, les fournisseurs d'assistants IA pouvaient accéder aux utilisateurs de WhatsApp via l'API WhatsApp Business, permettant à des services concurrents de Meta AI d'être intégrés directement dans la messagerie. En interdisant cet accès, Meta a fait de son propre chatbot le seul assistant accessible sur la plateforme, ce qui a immédiatement déclenché une enquête de la part des autorités européennes.
Une réouverture jugée insuffisante par Bruxelles
Face à la pression réglementaire, Meta avait tenté de désamorcer la crise en proposant, en mai 2026, une réouverture temporaire pendant un mois, assortie d'une redevance. Mais cette solution n'a pas convaincu la Commission. Dans sa décision, Bruxelles estime que le montant exigé par Meta pour l'accès à WhatsApp est si élevé qu'il rend économiquement impossible pour les concurrents de l'utiliser. La vice-présidente exécutive de la Commission, Teresa Ribera, chargée d'une transition propre, juste et compétitive, a déclaré que, malgré la réouverture annoncée, l'accès « dans la pratique bloqué » pour tous les assistants tiers.
En conséquence, l'exécutif européen exige un retour aux conditions qui prévalaient avant octobre 2025, lorsque l'accès à l'interface de messagerie était gratuit et sans restriction pour l'ensemble des fournisseurs d'assistants IA.
Un marché en construction et la crainte d'un basculement
La rapidité de l'intervention s'explique par la nature stratégique du marché des assistants IA. Celui-ci est encore en pleine phase de construction, les positions concurrentielles restant instables et de nouveaux acteurs émergeant régulièrement. La Commission craint qu'un verrouillage de l'accès à WhatsApp – qui compte plusieurs centaines de millions d'utilisateurs actifs – ne cause un « préjudice grave » à la structure concurrentielle du secteur. Comme l'a souligné Teresa Ribera, les procédures antitrust prennent du temps, et il pourrait être trop tard au moment où l'enquête sur Meta sera close : le marché pourrait avoir déjà « basculé », un scénario déjà observé dans d'autres segments numériques.
Cette affaire ravive les critiques adressées de longue date aux autorités européennes, accusées d'intervenir trop tardivement face aux pratiques des grandes entreprises technologiques américaines. Avec cette mesure provisoire, Bruxelles cherche à agir en amont pour éviter qu'un acteur dominant n'acquière une position irréversible.
Au-delà de la concurrence : innovation et souveraineté numérique
Dans ses motivations, la Commission mêle également des enjeux d'innovation et de souveraineté numérique. La vice-présidente a rappelé que préserver la concurrence sur le marché des assistants IA est essentiel non seulement pour garantir la liberté de choix des citoyens, mais aussi pour renforcer l'autonomie stratégique du continent européen. Le développement de chatbots – notamment ceux portés par des start-up locales – est perçu comme un enjeu clé pour ne pas dépendre exclusivement des géants américains.
L'Europe compterait près de 6 700 start-up spécialisées dans l'intelligence artificielle, et les décisions prises aujourd'hui pourraient déterminer leur capacité à émerger et à se développer face à des concurrents disposant de ressources considérables.
Cette décision s'inscrit ainsi dans une volonté plus large de régulation des marchés numériques, où la Commission utilise désormais des armes juridiques encore peu exploitées pour anticiper les distorsions de concurrence.