La Commission européenne a ordonné à Meta de rétablir, sans frais et dans un délai de cinq jours, l'accès de WhatsApp aux assistants d'intelligence artificielle concurrents de son propre service Meta AI. Cette décision, rendue publique ce mercredi, marque une nouvelle étape dans le bras de fer entre Bruxelles et le géant des technologies.

Des frais jugés anticoncurrentiels

Selon des sources proches du dossier, l'exécutif européen estime que la facturation imposée par Meta aux développeurs de chatbots tiers constitue « un grave préjudice à la concurrence ». En rendant payant l'accès à son infrastructure, l'entreprise américaine aurait contourné l'esprit des obligations qui lui avaient été imposées deux mois plus tôt. À l'époque, pour éviter des sanctions, Meta avait accepté de réintégrer les assistants concurrents dans WhatsApp, mais en conditionnant cette réintégration à un paiement. Une pratique que Bruxelles juge désormais incompatible avec le droit de la concurrence européen.

Un ultimatum de cinq jours

La Commission a donc adressé à Meta une injonction formelle : supprimer toute barrière tarifaire et rétablir un accès gratuit et non discriminatoire aux fonctionnalités d'interopérabilité de WhatsApp. Le délai court à partir de la notification officielle. Passé ce délai, si l'entreprise ne se conforme pas, des mesures provisoires pourraient être adoptées, pouvant aller jusqu'à des amendes ou des astreintes.

Meta n'a pas encore réagi officiellement. Les observateurs notent que le groupe avait déjà tenté de répondre partiellement aux demandes de Bruxelles en mai dernier, mais que l'introduction d'un coût pour les développeurs avait ravivé les tensions.

Un précédent dans la régulation des plateformes

Ce dossier s'inscrit dans le cadre plus large des efforts de l'Union européenne pour réguler le marché numérique via le règlement sur les marchés numériques (DMA, pour Digital Markets Act). Ce texte impose aux grandes plateformes dites « contrôleurs d'accès » de garantir l'interopérabilité de leurs services avec ceux de concurrents, sans discrimination. WhatsApp, en tant que service de messagerie majeur, est soumis à ces règles.

L'affaire illustre la difficulté à faire respecter ces obligations dans un secteur où les géants technologiques disposent d'une grande marge de manœuvre technique et financière. La décision de Bruxelles pourrait faire jurisprudence pour d'autres services – comme iMessage d'Apple ou Messenger de Meta – qui sont également scrutés par les régulateurs.

Quelles conséquences pour les utilisateurs ?

Concrètement, si Meta se conforme, les utilisateurs de WhatsApp pourraient accéder à des chatbots tiers (par exemple basés sur les modèles de Google, Mistral AI ou Anthropic) directement depuis l'application, sans que les développeurs n'aient à payer pour ce privilège. L'objectif affiché par la Commission est de favoriser l'innovation et le choix pour les consommateurs, en évitant que Meta n'utilise sa position dominante pour verrouiller l'écosystème de messagerie au profit de son propre assistant.

Reste à savoir si Meta obtempérera ou choisira de contester la décision devant la justice européenne. L'entreprise dispose d'une solide équipe juridique et n'a pas hésité par le passé à attaquer les décisions de Bruxelles. Mais l'ultimatum de cinq jours laisse peu de temps pour une manœuvre d'évitement.

Le feuilleton judiciaire et réglementaire entre l'UE et Meta sur WhatsApp – et plus largement sur l'ensemble des services de messagerie – est loin d'être clos. La décision de ce mercredi en constitue un nouveau chapitre, particulièrement incisif.