Des parents à la rescousse

Face à une vague de chaleur exceptionnelle qui frappe l'Europe occidentale, des parents d'élèves au Royaume-Uni ont pris l'initiative de financer l'achat de climatiseurs pour les écoles de leurs enfants. Alors que des centaines d'établissements en Angleterre et au pays de Galles ont dû fermer leurs portes ou mettre fin prématurément aux cours, faute de systèmes de refroidissement adaptés, cette mobilisation citoyenne illustre l'ampleur du défi posé par la canicule.

Dans les écoles britanniques, souvent construites il y a plusieurs décennies, l'absence quasi totale de climatisation transforme les salles de classe en véritables fournaises. Les températures extérieures approchent les 32 degrés Celsius, mais dans les bâtiments mal isolés contre la chaleur, l'atmosphère devient vite étouffante. « Je me sens comme dans un four », a confié Raya Petrova, une écolière londonienne de sept ans, dont les enseignants multiplient les astuces pour rafraîchir la pièce sans air conditionné.

Des fermetures précipitées

Pete Lynch, principal de la Sheldon School à Chippenham, dans le sud-ouest de l'Angleterre, a expliqué avoir pris la décision de fermer son établissement dès mardi et pour deux jours supplémentaires. « Vous mettez des enfants dans une serre pendant six heures par jour », a-t-il déploré, soulignant l'absence d'alternative. Les fenêtres de son école ne s'ouvrent qu'à peine, et seulement cinquante ventilateurs sont disponibles pour soixante classes – une vingtaine d'entre eux ont été achetés la semaine précédente. « Les bâtiments ne sont pas conçus pour la chaleur, ils ne sont conçus pour rien », a-t-il ajouté, notant qu'en hiver il y fait glacial.

À Londres, la situation est similaire : les écoles, certaines centenaires, ne disposent pas de systèmes de climatisation. Les enseignants assouplissent les règles vestimentaires pour permettre des tenues plus légères et annulent les cours d'éducation physique. Mais ces mesures ne suffisent souvent pas, et des centaines d'établissements ont annoncé des fermetures totales ou partielles, une décision qui rappelle les débats houleux de la pandémie de Covid-19.

L'effort parental

Devant l'absence de solution institutionnelle, des parents ont décidé d'agir directement en collectant des fonds pour acheter et installer des climatiseurs dans les classes. Cette initiative, rapportée par plusieurs témoins, reflète un sentiment d'urgence face à la multiplication des épisodes de forte chaleur. Dans certaines écoles, les familles apportent déjà leurs propres ventilateurs portables, comme à Paris où les parents transportent chaque matin des appareils de fortune pour leurs enfants.

Violaine Guéguen, enseignante dans une école maternelle parisienne, a décrit des conditions de travail quasi insoutenables. « On ne peut pas continuer comme ça, à devoir sans cesse trouver des solutions de bricolage nous-mêmes, a-t-elle déclaré. Nous allons forcément faire face à davantage de vagues de chaleur. »

La réponse des autorités

À Paris, la mairie a promis l'achat de 1 200 ventilateurs destinés à 620 écoles maternelles et élémentaires, mais seulement 150 avaient été livrés lundi. Le maire, Emmanuel Grégoire, a reconnu que les efforts peinent à suivre le rythme de la canicule. Dans les classes encore ouvertes, les enseignants organisent des jeux d'eau en extérieur le matin pour offrir un peu de répit aux enfants.

Le dilemme est le même qu'au Royaume-Uni : faut-il fermer les écoles pour protéger les élèves, quitte à perdre des jours d'apprentissage, ou les maintenir ouvertes dans des conditions difficiles ? Des études ont montré que les fortes chaleurs peuvent nuire aux résultats scolaires et à la concentration.

Un phénomène amplifié par le changement climatique

Jusqu'à récemment, les écoles européennes étaient relativement épargnées par les canicules car les vacances d'été commençaient avant les pics de chaleur d'août. Mais le changement climatique provoque des températures élevées plus tôt dans l'année, coïncidant avec la fin de l'année scolaire. Les bâtiments, conçus pour retenir la chaleur en hiver, deviennent des pièges thermiques.

La question de la climatisation dans les écoles reste un sujet de débat entre parents, enseignants et autorités, les uns plaidant pour des investissements d'urgence, les autres craignant le coût et l'impact environnemental. En attendant, ce sont souvent les familles elles-mêmes qui prennent les choses en main pour offrir un minimum de confort à leurs enfants.