Une canicule précoce et intense s'abat sur une grande partie de l'Europe occidentale, plongeant les systèmes éducatifs britannique et français dans l'embarras. Alors que les températures dépassent les 32 degrés Celsius dans plusieurs régions, des centaines d'écoles au Royaume-Uni ont choisi de fermer leurs portes ou de réduire leurs horaires, tandis qu'en France, l'improvisation règne face à des infrastructures peu adaptées à la chaleur.
Au Royaume-Uni, des fermetures massives faute de rafraîchissement
Dans le sud-ouest de l'Angleterre, Pete Lynch, principal de la Sheldon School à Chippenham, a pris la décision de fermer son établissement dès mardi, et pour les deux jours suivants. « Vous mettez des enfants dans une serre pendant six heures par jour », a-t-il expliqué, justifiant une mesure qu'il juge inévitable. Son école, comme beaucoup d'autres, ne possède que quelques climatiseurs, réservés pour l'essentiel aux serveurs informatiques. Cinquante ventilateurs – dont vingt achetés la semaine dernière – doivent suffire pour soixante salles de classe. « Les bâtiments ne sont pas conçus pour la chaleur. Ils ne sont conçus pour rien, en fait. Quand il fait froid, il gèle », a-t-il ajouté.
Des centaines d'établissements en Angleterre et au Pays de Galles ont annoncé des fermetures anticipées ou des journées chômées. Les fenêtres étroites de ces écoles, souvent vieilles de plusieurs décennies, ne s'ouvrent que sur quelques centimètres, rendant toute ventilation naturelle quasi impossible. Les enseignants et les familles se démènent pour trouver des solutions : achat de ventilateurs portatifs, réaménagement des salles, allègement des tenues vestimentaires.
Paris distribue des ventilateurs, les enseignants tirent la sonnette d'alarme
Dans la capitale française, la mairie a annoncé l'acquisition de 1 200 ventilateurs destinés à 620 écoles maternelles et élémentaires. Lundi, seuls 150 avaient été déployés. Emmanuel Grégoire, le maire de Paris, a expliqué que les efforts se poursuivaient pour équiper l'ensemble des établissements.
En attendant, les enseignants multiplient les astuces. Violaine Guéguen, qui exerce dans une école maternelle parisienne, décrit des conditions de travail « presque insupportables ». Les parents transportent leurs propres ventilateurs et les rapportent chez eux chaque soir. Les activités sportives sont annulées, les uniformes assouplis, et des jeux d'eau en plein air sont organisés le matin. « On ne peut pas continuer comme ça, à devoir sans cesse bricoler des solutions nous-mêmes », a déclaré Mme Guéguen. « Nous allons forcément faire face à d'autres vagues de chaleur. »
Des élèves sous pression
Dans les salles de classe londoniennes, la chaleur est pénible pour les plus jeunes. Raya Petrova, 7 ans, confie : « J'ai l'impression d'être dans un four. Il fait vraiment très chaud. » Comme beaucoup d'élèves, elle se déchausse en classe pour tenter de supporter la température.
Les études montrent que la chaleur extrême a un impact négatif sur les performances scolaires et les capacités d'apprentissage. Les autorités éducatives se trouvent prises entre le souci de ne pas perdre de jours d'école – déjà éprouvés par la pandémie de Covid-19 – et la nécessité de protéger la santé des enfants et du personnel.
Le changement climatique bouleverse le calendrier scolaire
Jusqu'à récemment, la fin de l'année scolaire en juillet permettait d'éviter les pics de chaleur estivaux. Mais le réchauffement climatique avance l'arrivée des températures élevées, exposant les élèves à des conditions caniculaires dès le mois de juin. Les bâtiments scolaires, conçus pour conserver la chaleur en hiver, se transforment en véritables fours dès que le mercure grimpe.
Cette situation ranime les débats qui avaient marqué la pandémie : faut-il fermer les écoles ou les maintenir ouvertes au risque de compromettre la santé des enfants ? Les avis divergent entre parents, enseignants et responsables politiques. Au Royaume-Uni, le gouvernement n'a pas émis de directive nationale, laissant chaque établissement décider. En France, le ministère de l'Éducation a recommandé l'adaptation des activités sans imposer de fermeture généralisée.
Des solutions à long terme réclamées
Face à l'urgence, les appels se multiplient pour repenser les infrastructures scolaires. L'installation de climatiseurs dans les classes, l'isolation des toitures, la plantation d'arbres dans les cours, ou encore l'adaptation des horaires sont évoquées. Mais ces mesures nécessitent des investissements importants que les collectivités peinent à financer.
En attendant, ce sont les parents et les enseignants qui pallient les manques. Violaine Guéguen résume le sentiment général : « Nous bricolons. Mais ce n'est pas une solution durable. » Alors que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses, la question de l'adaptation des écoles à la nouvelle donne climatique devient incontournable.