À Marseille, lors d'un congrès mondial des éditeurs de presse, trente médias issus de plusieurs pays ont annoncé leur adhésion à la coalition SPUR, acronyme de « Standards for publisher usage rights ». Cette initiative, lancée initialement par des groupes de presse anglo-saxons, a pour objectif de structurer les relations entre les éditeurs et les grands acteurs de l'intelligence artificielle, notamment sur les questions de propriété intellectuelle et de rémunération pour l'utilisation des contenus journalistiques.

Deux groupes français parmi les nouveaux entrants

Parmi les nouveaux membres figurent deux poids lourds de la presse française : CMA Media, éditeur de « La Tribune », « La Provence », BFMTV et RMC, et le groupe Sipa Ouest-France, propriétaire du quotidien régional le plus diffusé de France. Leur ralliement à la coalition a été officialisé lors d'une séquence marquante du congrès, où Jean-Christophe Tortora, directeur délégué de CMA Media, a pris la parole pour sceller cet engagement.

« Que l'histoire retienne qu'à Marseille, en juin 2026, les éditeurs du monde ont choisi l'action plutôt que la résignation », a déclaré M. Tortora, exprimant la détermination des professionnels de la presse à ne pas subir passivement les bouleversements induits par l'IA générative. La coalition SPUR entend ainsi peser collectivement dans les négociations avec les géants technologiques, en opposant un front uni aux pratiques d'exploitation non autorisée des contenus protégés par le droit d'auteur.

Un contexte de mobilisation internationale

Cette annonce intervient dans un climat de tensions croissantes entre les médias et les entreprises d'IA, accusées par les éditeurs d'utiliser leurs articles pour entraîner des modèles de langage sans compensation ni autorisation préalable. La coalition SPUR se positionne comme une réponse structurée à ces défis : elle vise à établir des standards communs pour la gestion des droits d'usage, faciliter les négociations collectives et renforcer la position des éditeurs face à des acteurs souvent plus puissants financièrement.

Le congrès de Marseille a également été marqué par d'autres interventions de premier plan, notamment celle d'Arthur Gregg Sulzberger, éditeur du « New York Times », qui avait lancé un appel à l'unité des médias internationaux. Son discours, prononcé devant les participants, soulignait l'urgence pour la presse de s'organiser collectivement face à ce qu'il présente comme une menace existentielle pour l'information de qualité.

Une initiative en plein essor

La coalition SPUR, née d'une initiative anglo-saxonne, rassemble désormais une trentaine de médias issus de différents continents, ce qui lui confère une représentativité mondiale. Ses fondateurs espèrent que cette masse critique permettra d'obtenir des conditions plus équitables dans les accords commerciaux avec les fournisseurs d'IA. L'arrivée de groupes français de l'envergure de CMA Media et de Sipa Ouest-France renforce la crédibilité et le poids de l'alliance européenne au sein de cette coalition.

Les éditeurs présents à Marseille ont exprimé leur volonté de ne pas se limiter à une posture défensive. Ils entendent également participer à la définition des règles éthiques et juridiques qui encadreront l'usage de l'intelligence artificielle dans le secteur de la presse. Cette démarche s'inscrit dans une tendance plus large de montée en puissance des revendications des ayants droit, alors que plusieurs pays travaillent à des législations sur l'IA et les droits d'auteur.

Prochaines étapes

La coalition SPUR doit désormais préciser son calendrier de travail et les modalités de ses futures négociations avec les entreprises technologiques. Les adhérents s'attendent à ce que cette structure permette de mutualiser les ressources juridiques et techniques nécessaires pour faire valoir leurs droits. La participation de grands groupes français constitue un signal fort adressé tant aux acteurs de l'IA qu'aux pouvoirs publics, appelés à prendre en compte les préoccupations des médias dans les régulations à venir.