Depuis le 1er juillet 2026, les parents d'un nouveau-né peuvent bénéficier d'un congé de naissance indemnisé pouvant aller jusqu'à deux mois par parent. Ce dispositif, qui remplace l'ancien congé parental moins bien rémunéré, suscite un vif intérêt chez les futurs et jeunes parents, mais soulève aussi des questions sur son financement et ses limites.
Un accueil favorable des familles
Pour de nombreux parents, ce nouveau congé représente une avancée significative. « J'ai envie de passer du temps avec ce bébé », confie un père interrogé dans les premiers jours suivant l'entrée en vigueur de la mesure. L'idée de pouvoir être présent pour les premiers instants de l'enfant, souvent qualifiés de « premiers areuh », séduit particulièrement. Ce congé, qui peut être pris par chaque parent, permet de cumuler jusqu'à quatre mois par famille, offrant une flexibilité inédite.
« Avoir le choix, c'est une chance », témoigne une mère, soulignant que la décision de prendre ou non ce congé dépend désormais davantage des envies et des contraintes personnelles que des impératifs financiers. Beaucoup saluent la possibilité de ne pas avoir à faire un arbitrage douloureux entre vie professionnelle et vie familiale.
Un calcul d'indemnisation qui laisse certains parents dubitatifs
Cependant, derrière l'enthousiasme, des interrogations demeurent. L'indemnisation est calculée sur la base de 70 % du salaire le premier mois, puis 60 % le second, mais uniquement dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 euros par mois en 2026. Ainsi, les salariés gagnant plus de 4 500 euros par mois pourraient voir leur manque à gagner atteindre plusieurs milliers d'euros sur les deux mois, selon les estimations.
« La question qui revient le plus souvent est celle de l'indemnisation », explique Soléna Busson-Mars, porte-parole de l'Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH). « Les salariés veulent savoir combien ils toucheront réellement. » Pour un parent percevant 6 000 euros brut mensuels, l'allocation maximale sera plafonnée, laissant un écart important avec le salaire habituel.
Certains salariés craignent que cette différence ne les dissuade de recourir au congé, notamment dans les secteurs où les rémunérations sont élevées. « Mon employeur m'a prévenue que si je prenais les deux mois, je perdrais près de 40 % de mon revenu habituel », confie une cadre. « C'est un sacrifice financier, mais je le ferai quand même car le temps passé avec mon enfant n'a pas de prix. »
Les entreprises entre soutien et crainte des absences
Du côté des entreprises, l'accueil est plus nuancé. Certaines, notamment les PME, s'inquiètent de l'impact sur l'organisation du travail. « Deux mois d'absence pour chaque parent, cela peut représenter une absence totale de quatre mois pour un poste clé », souligne un dirigeant de PME. Les services RH doivent anticiper ces absences, souvent en recourant à des intérimaires ou en réorganisant les équipes.
D'autres employeurs, en revanche, voient dans ce congé un levier pour améliorer l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle. « Offrir la possibilité aux parents de s'occuper de leur enfant sans sacrifier leur carrière est positif », estime une responsable RH. « Cela peut aussi renforcer la fidélisation des salariés. »
Un coût pour les finances publiques
Le gouvernement a chiffré le coût total de la mesure à environ 2,5 milliards d'euros par an. Ce financement, assuré par la branche famille de la Sécurité sociale, suscite des débats sur sa soutenabilité à long terme. « Le vrai défi, c'est de garantir que ce congé reste viable sans augmenter les cotisations des entreprises ou des salariés », relativise un expert en protection sociale. Certains économistes estiment que le retour sur investissement, via une meilleure santé des parents et des enfants, pourrait compenser les coûts à long terme.
Un test grandeur nature
Alors que les premiers bénéficiaires commencent à prendre leur congé, les observateurs attendent les premiers bilans. L'objectif affiché est de permettre à chaque parent de passer deux mois supplémentaires auprès de son enfant, avec une indemnisation de plus de 60 % de son salaire, contre 450 euros par mois pour l'ancien congé parental. Le dispositif devrait être évalué dans les prochains mois pour ajuster d'éventuels paramètres, notamment le plafonnement des indemnités.
En attendant, les parents se montrent majoritairement satisfaits. « C'est un vrai pas en avant », conclut une mère. « On n'a plus à choisir entre son enfant et son travail. »