Une ascension continue du ballon rond outre-Atlantique

À l’approche de la Coupe du monde 2026, que les États-Unis coorganiseront avec le Canada et le Mexique, le football — appelé localement « soccer » — connaît une progression notable dans la société américaine. Longtemps considéré comme un sport mineur, relégué au second plan derrière le football américain, le basketball ou le baseball, il s’impose désormais comme une discipline en plein essor, particulièrement chez les jeunes et dans les zones urbaines.

Les chiffres de participation sont éloquents : selon les données disponibles, le soccer est devenu le deuxième sport le plus pratiqué par les enfants de moins de douze ans aux États-Unis. Les clubs amateurs et les ligues scolaires se multiplient, portés par une vague migratoire et par l’intérêt croissant des communautés hispaniques et asiatiques, pour qui le football est souvent une passion héritée du pays d’origine.

Un sport perçu comme « de gauche » ?

Cette popularité grandissante s’accompagne d’une perception politique du football américain. Plusieurs observateurs et chercheurs notent que le soccer attire un public majoritairement urbain, éduqué et aux sensibilités progressistes. Les valeurs véhiculées par ce sport — mixité, diversité, fair-play, dimension internationale — sont souvent associées à la gauche américaine.

Certaines études indiquent que les supporters de la Major League Soccer (MLS) tendent à voter davantage pour le Parti démocrate que pour le Parti républicain. Les clubs de MLS eux-mêmes adoptent fréquemment des positions engagées sur des sujets de société, comme les droits des minorités, l’égalité des genres ou la lutte contre les discriminations raciales, ce qui renforce cette image.

Un contraste avec les sports traditionnels

En comparaison, les sports historiquement dominants aux États-Unis — football américain, basketball, baseball — sont souvent perçus comme plus conservateurs ou plus liés à des valeurs nationalistes. Le football américain, en particulier, est régulièrement critiqué pour sa culture de la violence et ses liens avec le patriotisme et l’armée. Le soccer, lui, apparait comme un sport plus global, moins ancré dans l’identité nationale américaine.

Ce clivage n’est pas absolu : de nombreux fans de football américain sont progressistes, et des joueurs de la NBA ont été à la pointe des luttes sociales, comme Colin Kaepernick ou LeBron James. Mais la tendance générale dessine une ligne de fracture entre les sports « traditionnels » et le soccer, perçu comme plus inclusif et plus « mondialisé ».

Un regard critique

Toutefois, associer le football à une couleur politique unique serait réducteur. Les communautés conservatrices ne sont pas absentes des tribunes de la MLS. Des stades comme celui de Dallas ou d’Atlanta attirent des publics variés, y compris des familles républicaines. Le football reste un sport fédérateur, capable de rassembler au-delà des clivages partisans.

De plus, les enjeux économiques et commerciaux liés à la Coupe du monde 2026 pourraient atténuer cette image progressiste. Les sponsors, les diffuseurs et les instances dirigeantes de la FIFA sont souvent critiqués pour leurs pratiques peu transparentes et leur éloignement des préoccupations populaires. L’événement planétaire risque de renforcer la marchandisation du sport plutôt que ses valeurs sociales.

Conclusion

Le football américain est en train de sortir de sa marginalisation historique pour devenir un acteur majeur du paysage sportif des États-Unis. Son lien supposé avec la gauche est un indicateur de son adoption par des segments de la société qui cherchent un sport plus ouvert sur le monde. Mais cette dimension politique reste nuancée et doit être confrontée aux réalités du marché et à la diversité des publics. La Coupe du monde 2026 sera un test grandeur nature pour mesurer la place réelle du soccer dans l’identité américaine.