La Fifa a officiellement accrédité le journaliste sportif français Christophe Gleizes pour couvrir l'intégralité de la Coupe du monde 2026, qui se déroule du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. L'information a été confirmée par Reporters sans frontières (RSF), qui y voit une « marque de soutien forte » de la part de l'instance dirigeante du football mondial.

Christophe Gleizes, journaliste freelance âgé de 37 ans, a été condamné en juin 2025 à une peine de sept ans de prison par la justice algérienne pour « apologie du terrorisme ». Cette condamnation fait suite à une interview réalisée avec un responsable sportif soupçonné de liens avec le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation basée à l'étranger et classée comme terroriste par Alger. La sentence a été confirmée en appel en décembre 2025.

Un geste symbolique de Gianni Infantino

Lors de sa conférence de presse précédant le coup d'envoi du Mondial, mercredi 10 juin 2026, le président de la Fifa, Gianni Infantino, a laissé un siège vide en hommage au journaliste détenu. Il a exprimé l'espoir que Christophe Gleizes, qu'il a décrit comme « le seul journaliste sportif actuellement emprisonné dans le monde », soit gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune et puisse « même nous rejoindre pendant la Coupe du monde ».

L'accréditation délivrée par la Fifa autorise Christophe Gleizes à travailler pour le magazine français So Foot durant toute la compétition. Pour Thibaut Bruttin, responsable de RSF, cette initiative « rappelle que la place légitime de ce journaliste sportif et spécialiste du football n'est pas en prison, mais dans les stades et dans les coulisses de cette grande compétition mondiale ». RSF, organisation basée à Paris et coordinatrice d'un comité de soutien pour Gleizes, a salué cette décision.

La famille espère une grâce présidentielle

Les parents du journaliste, Sylvie et Francis Godard, ont exprimé leur « gratitude » envers la Fifa dans un communiqué, tout en renouvelant leur appel à la « clémence » du président Tebboune. « Cette situation sans fin nous a dévastés », ont-ils déclaré.

La voie vers une éventuelle grâce présidentielle s'est dégagée le 3 juin 2026, lorsque la plus haute cour d'appel d'Algérie a rejeté un recours du parquet qui demandait une peine plus lourde. Ce rejet a levé le dernier obstacle juridique à une mesure de clémence. En mars 2026, Christophe Gleizes avait retiré son propre pourvoi en cassation dans l'espoir de faciliter un pardon.

L'Algérie a pour tradition d'accorder des grâces à l'occasion des grandes fêtes religieuses et nationales, notamment le 5 juillet, jour de la commémoration de l'indépendance du pays (1962). Les proches du journaliste et les organisations de défense de la liberté de la presse espèrent que cette date pourrait être l'occasion d'une libération.

Arrestation et contexte diplomatique

Christophe Gleizes a été arrêté en mai 2024 alors qu'il se rendait dans la région de Kabylie, dans le nord-est de l'Algérie, pour écrire un reportage sur le JS Kabylie, le club de football le plus titré du pays. Sa peine de sept ans de prison a été prononcée en pleine crise diplomatique entre la France et l'Algérie.

Ses parents, qui lui ont rendu visite en détention la semaine dernière, ont confié que le journaliste « est bien traité mais se sent de plus en plus isolé du monde extérieur ». L'accréditation de la Fifa et les gestes de soutien de l'instance sportive constituent un nouveau chapitre dans la mobilisation pour sa libération, alors que le Mondial 2026 se déroule sans lui dans les gradins.