Un match peut-il déclencher une guerre ? L'histoire retient, comme le rappelait le grand reporter polonais Ryszard Kapuscinski, la « guerre du foot » de juin 1969 qui opposa le Honduras et le Salvador après une qualification pour le Mondial. « Elle a duré cent heures, elle a fait six mille morts et quelques milliers de blessés », écrivait-il. Si l'issue dramatique de ce conflit reste exceptionnelle, la Coupe du monde 2026, qui débute ce 11 juin, est traversée par des lignes de fracture bien contemporaines.
Une première historique : un pays en guerre accueille l'équipe de son ennemi Pour la première fois, une nation engagée dans un conflit armé — les États-Unis — organise la compétition, tandis qu'une sélection portant les couleurs de la puissance adverse, l'Iran, y participe. Les deux équipes pourraient même se rencontrer en huitième de finale. Cette situation inédite illustre la porosité entre le sport et la géopolitique, malgré les déclarations des institutions sportives affirmant que « le sport est apolitique ». Le football, sport le plus riche, le plus populaire et le plus médiatisé de la planète, est devenu un instrument de pouvoir, notamment pour les régimes autoritaires.
Un Mondial à trois têtes sur fond de guerre commerciale La compétition est exceptionnellement coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Or, ces trois partenaires nord-américains sont secoués par des tensions commerciales croissantes, rendant l'exercice diplomatique particulièrement périlleux. La question migratoire, déjà au cœur des polémiques aux États-Unis, et les divergences sur le libre-échange ajoutent une couche de complexité à l'organisation de cette Coupe du monde qui devait initialement symboliser l'unité régionale.
Derrière la « pompe à fric », un enjeu de soft power L'ombre de l'administration Trump plane sur la compétition. Le président américain voit dans cet événement une vitrine politique, mais les choix sécuritaires et les politiques migratoires restrictives suscitent des controverses. Par ailleurs, la gestion des droits télévisuels, avec la Fox, et l'arrivée de l'intelligence artificielle dans la production de contenus, comme le teste le groupe L'Équipe, montrent que l'économie du ballon rond n'a jamais été aussi stratégique. Enfin, la question du capitaine de l'équipe de France, Kylian Mbappé, menacé d'une saison blanche au Real Madrid, rappelle que les intérêts des clubs et des sélections nationales s'entrechoquent dans ce calendrier surchargé.
Une compétition sous haute surveillance Au-delà du terrain, les autorités américaines, notamment à Los Angeles, tentent de faire reculer le nombre de sans-abri avant le Mondial et les Jeux olympiques de 2028. La pression sécuritaire est maximale. La Coupe du monde 2026 s'annonce ainsi comme le théâtre d'affrontements symboliques, où chaque match sera porteur d'un message politique, bien au-delà du simple score.