À quelques jours du coup d’envoi du Mondial 2026, la politique migratoire américaine s’impose comme un sujet de discorde majeur. Les restrictions imposées par l’administration Trump à l’entrée sur le territoire américain pour les ressortissants de plusieurs pays, principalement à majorité musulmane, suscitent des interrogations sur la capacité des supporters et des délégations à se rendre librement aux États-Unis pour assister à la compétition.

Plusieurs associations de défense des droits humains ont exprimé leurs préoccupations quant à l’impact de ces mesures sur l’événement sportif. Le décret présidentiel, pris en début d’année, restreint l’octroi de visas pour les citoyens de six nations, dont l’Iran, la Syrie et le Yémen. Or, plusieurs équipes qualifiées pour le Mondial comptent des joueurs originaires de ces pays, et des milliers de supporters pourraient se voir refuser l’entrée sur le sol américain.

Les instances dirigeantes du football mondial, par la voix de leur président, ont appelé à une « clarification urgente » des règles en vigueur. Dans un communiqué publié cette semaine, l’organisation basée à Zurich a rappelé que « l’esprit du sport repose sur l’ouverture et l’accueil de tous les peuples » et a demandé aux autorités américaines de garantir un accès sans discrimination aux matches. La réponse de la Maison-Blanche se fait attendre, mais des sources proches du dossier indiquent que l’exécutif américain n’envisage pas de modifier sa politique pour le Mondial.

Cette posture met en lumière le double jeu de Donald Trump, qui entend capitaliser politiquement sur l’organisation de la compétition tout en maintenant une ligne dure sur l’immigration. Le président américain a souvent alterné entre des déclarations favorables au football – qu’il présente comme un sport en pleine expansion aux États-Unis – et des positions électoralistes visant à rassurer sa base conservatrice, traditionnellement méfiante envers ce qu’elle appelle le « soccer ».

Le choix des stades eux-mêmes n’est pas neutre. Plusieurs enceintes qui accueilleront des rencontres sont implantées dans des régions à forte sensibilisation autour des questions d’immigration, notamment en Californie et au Texas. Ces États sont également le théâtre de vives controverses politiques autour des lois locales encadrant l’accueil des migrants.

Les fédérations nationales des pays concernés par les restrictions de visas ont entamé des démarches diplomatiques. L’Iran, dont l’équipe nationale est qualifiée, a officiellement saisi le département d’État américain par l’intermédiaire de la section des intérêts iraniens à Washington. De son côté, la Fédération syrienne de football a fait savoir qu’elle étudiait les options juridiques pour permettre à ses joueurs et à son staff de participer à la compétition.

Sur le terrain juridique, des recours sont en préparation. Plusieurs avocats spécialisés dans le droit des étrangers ont annoncé qu’ils déposeraient des requêtes devant les tribunaux fédéraux pour contester l’application du décret. Ils estiment que la tenue d’un événement sportif international de cette ampleur ne peut être détachée des obligations internationales des États-Unis en matière de libre circulation et de non-discrimination.

Les organisateurs américains du Mondial se veulent toutefois rassurants. Le comité d’organisation a affirmé travailler « en étroite collaboration avec les autorités fédérales pour faciliter l’accueil de tous les visiteurs ». Il précise que des procédures accélérées de délivrance de visas ont été mises en place pour les athlètes et les membres des délégations officielles. Reste à savoir si ces mesures s’appliqueront également aux simples supporters.

L’opposition démocrate au Congrès a saisi cette occasion pour critiquer la gestion républicaine de l’immigration. Plusieurs parlementaires ont demandé des auditions sur le sujet, estimant que la politique migratoire de l’administration Trump « ternit l’image des États-Unis aux yeux du monde ».

La controverse intervient alors que les préparatifs du Mondial battent leur plein. Les équipes commencent à arriver sur le sol américain pour les derniers stages d’avant-compétition. La sélection nationale américaine, qui espère réaliser un bon parcours, se retrouve malgré elle au centre d’un débat politique qui dépasse largement le cadre sportif.

Les prochains jours devraient être décisifs. Alors que les premiers matches approchent, les regards sont tournés vers la Maison-Blanche, qui devra choisir entre une posture d’ouverture nécessaire à la réussite de l’événement et le maintien d’une politique migratoire ferme, pilier de son programme électoral.