Le Mondial 2026, qui s’ouvre aux États-Unis ce jeudi 11 juin, s’annonce comme l’édition la plus politisée de l’histoire du football. Jamais un tournoi n’avait été à ce point placé sous le signe d’une personnalité politique : le président américain Donald Trump a imprimé sa marque sur l’organisation, au point que de nombreux observateurs dénoncent une instrumentalisation de l’événement sportif au profit d’une logique commerciale et diplomatique.

Dès les mois précédant la compétition, la maison Blanche a multiplié les initiatives qui brouillent la frontière entre promotion du football et opération de communication présidentielle. Le chef de l’État a notamment reçu le patron de la Fédération internationale de football association (Fifa), Gianni Infantino, à plusieurs reprises. Une image, largement diffusée en août 2025, montrait Donald Trump encadré par le vice-président J.D. Vance et Gianni Infantino, symbolisant la proximité affichée entre le pouvoir états-unien et l’instance dirigeante du football mondial.

Un rendez-vous mondial sous haute tension

La dimension géopolitique de l’événement n’a jamais été aussi présente. Sur fond de guerre en Ukraine, de crise au Moyen-Orient et de tensions commerciales, la Coupe du monde américaine offre à l’administration Trump une tribune que ses détracteurs jugent démesurée. Le président américain, qualifié d’« obsédé du business » par plusieurs commentateurs, semble avoir substitué au plaisir collectif du sport une logique individualiste centrée sur le profit.

Gianni Infantino, de son côté, est perçu comme s’adaptant aux moindres souhaits du locataire de la maison Blanche. Cette alliance trouble de nombreux fans, qui redoutent que la fête footballistique soit gâchée par une surmédiatisation politique et des décisions commerciales agressives. Les critiques portent notamment sur la tarification des billets, jugée excessive, et sur un dispositif de sécurité particulièrement restrictif.

Un désintérêt américain paradoxal

Paradoxalement, alors que le président Trump s’affiche comme le maître d’œuvre de cette édition, l’enthousiasme du public américain semble mesuré. Plusieurs enquêtes d’opinion et observations sur le terrain font état d’une relative indifférence, le pays hôte ne vibre pas encore à l’unisson de la compétition. L’atmosphère, rapportent des témoins, n’est pas à la fête généralisée qui accompagne habituellement un tel événement.

Ce contraste entre l’investissement politique de Donald Trump et la tiédeur populaire interroge. L’administration a pourtant tout mis en œuvre pour faire de ce Mondial un succès : investissements dans les infrastructures, campagnes de communication massives et mobilisation des forces de l’ordre. Mais la greffe du football, sport encore loin de dominer la culture sportive américaine, semble difficile à prendre dans un contexte politique clivant.

Des enjeux économiques colossaux

Au-delà du sport, ce sont des milliards de dollars qui sont en jeu. La Fifa a tablé sur des recettes records, portées par des droits de diffusion et des partenariats sans précédent. Donald Trump, en businessman aguerri, a saisi l’opportunité de mettre en avant une Amérique « gagnante », capable d’organiser le plus grand événement sportif planétaire.

Cependant, cette approche purement mercantile heurte une partie des amateurs de football, qui voient dans cette Coupe du monde une rupture avec l’esprit originel de la compétition. La question est posée : ce Mondial 2026 restera-t-il dans les mémoires pour ses exploits sportifs ou pour la mainmise d’un homme politique sur un événement qui se voulait universel ?

Une compétition qui commence sous le signe de la controverse

Alors que le coup d’envoi sera donné jeudi 11 juin, les regards sont braqués non seulement sur les joueurs, mais aussi sur les gradins et les écrans, où la présence du président américain est attendue à plusieurs reprises. Les rencontres à fort enjeu diplomatique, notamment celles impliquant des nations en conflit avec Washington, seront particulièrement surveillées.

La Fifa, par la voix de son président, continue de défendre une vision apolitique du sport. Mais les faits contredisent ce discours : jamais un dirigeant politique n’avait à ce point phagocyté l’organisation d’un Mondial. Les prochaines semaines diront si cette stratégie renforce ou fragilise l’image de la compétition et, au-delà, celle de ses principaux acteurs.