L'Assemblée nationale du pouvoir populaire de Cuba a donné son feu vert, jeudi 18 juin, à un ensemble de réformes économiques d'une ampleur inédite depuis l'instauration du régime castriste. Les 176 propositions, présentées par le Premier ministre Manuel Marrero, ont été adoptées par un vote à main levée retransmis par la télévision d'État, sans aucune voix dissidente.

Parmi les dispositions entérinées figure la transformation des entreprises publiques en sociétés commerciales, qu'elles soient « par actions ou à participation ». Le secteur privé, jusqu'alors limité à des structures de moins de 100 salariés, pourra désormais employer au-delà de ce seuil. Les capitaux étrangers sont autorisés non seulement à investir dans le privé, mais aussi à prendre part aux secteurs de l'agriculture, du tourisme, de la banque et du marché des changes. Les particuliers cubains pourront ouvrir des comptes en devises, une flexibilité inédite.

Un contexte de crise profonde

Cette libéralisation intervient alors que l'île traverse une grave crise économique, aggravée par le renforcement des sanctions américaines. Depuis 2021, les autorités avaient déjà assoupli le dogme socialiste en autorisant les petites et moyennes entreprises, capables d'employer jusqu'à 100 salariés. Ces structures sont aujourd'hui plus de 10 000 et emploient un tiers de la population active.

L'économiste cubain Daniel Torralbas, basé à Londres, a qualifié cette réforme de « programme le plus profond annoncé au cours des 70 dernières années de l'histoire économique du pays, depuis la victoire de la révolution de 1959 ». Les mesures adoptées jeudi marquent une rupture avec le modèle d'économie planifiée et centralisée mis en place après l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro, lorsque les grandes entreprises privées, cubaines comme étrangères, ainsi que les petits commerces et entreprises familiales, avaient été nationalisés.

Des secteurs clés ouverts à l'investissement

Le train de réformes touche un large éventail de domaines : l'organisation des entreprises privées et d'État, les banques, le tourisme, l'agriculture, les investissements étrangers, la fiscalité, les salaires et le marché des changes. L'ouverture de ces secteurs à l'investissement privé national et étranger vise à attirer des capitaux et à stimuler une économie en souffrance. Le gouvernement espère ainsi relancer la production et réduire le mécontentement social qui couve dans la population.

Si les autorités affirment vouloir préserver les « fondements socialistes » du système, l'adoption de ces mesures constitue un tournant majeur pour l'île, soumise à une pression extérieure intense. Les prochaines semaines diront si les acteurs économiques, tant locaux qu'internationaux, répondent à cette ouverture sans précédent.