Le gouvernement des États-Unis a estimé que le plan de réformes économiques approuvé par le Parlement cubain le week-end dernier n'était qu'un ajustement « superficiel », jugé incapable de résoudre les causes profondes de la crise qui étrangle l'île. Cette réaction, rapportée lundi par des sources diplomatiques, intervient alors que Cuba vient d'adopter un ensemble de 176 mesures visant à libéraliser son économie, renforcer le secteur privé et attirer les investissements étrangers.

Un jugement sévère de l'administration américaine

Des responsables américains ont déclaré que ces réformes ne répondaient pas aux exigences minimales d'une transformation structurelle durable. Ils ont notamment pointé le maintien du contrôle étatique sur les secteurs stratégiques et l'absence de garanties pour la libre entreprise. « Il s'agit davantage d'une tentative de colmater les brèches que d'une véritable refonte du modèle économique cubain », a confié une source proche du département d'État. Les États-Unis estiment que le plan manque d'ambition et ne permettra pas de restaurer la confiance des investisseurs internationaux, pourtant vitale pour l'île.

La Havane défend son cap

Le gouvernement cubain a immédiatement contre-attaqué, qualifiant la position américaine d'« ingérence inacceptable » et de « méconnaissance de la réalité cubaine ». Le président Miguel Díaz-Canel a défendu le train de mesures en affirmant qu'il s'inscrivait dans la continuité du socialisme cubain, tout en reconnaissant « la nécessité impérieuse de s'adapter pour éviter l'effondrement ». Un porte-parole de l'Assemblée nationale a précisé que les réformes « ne remettent pas en cause les acquis sociaux de la révolution », mais cherchent à « corriger des décennies d'inefficacité bureaucratique ». Plusieurs parlementaires, sous couvert d'anonymat, ont exprimé des inquiétudes quant à la capacité de l'administration publique à mettre en œuvre ces changements sans heurts.

Un contexte de crise aiguë

Cuba traverse la pire récession de son histoire récente, cumulant inflation galopante, pénuries de produits de première nécessité, effondrement du tourisme et exode massif de sa population. Le blocus américain, renforcé sous l'administration Trump et maintenu sous Joe Biden, est régulièrement désigné par La Havane comme la cause principale de ses difficultés. Le plan de réformes, approuvé le 20 juin par le Parlement, prévoit notamment la suppression de nombreuses autorisations préalables pour les entrepreneurs privés, la possibilité pour les coopératives non agricoles de se constituer sans intervention étatique, ainsi que l'ouverture de pans entiers de l'économie aux capitaux étrangers.

Un pari risqué pour le Parti communiste

Le Parti communiste cubain, qui avait approuvé le texte quelques jours plus tôt lors d'un congrès extraordinaire, semble jouer son avenir sur cette tentative de libéralisation encadrée. Plusieurs analystes estiment que le gouvernement cherche à gagner du temps face à un mécontentement social inédit, illustré par des manifestations sporadiques dans plusieurs provinces. La mise en œuvre des mesures, dont le calendrier précis n'a pas été dévoilé, suscite le scepticisme d'une partie de la population, qui craint une aggravation des inégalités et une remise en cause des services publics gratuits.

Des interrogations sur la faisabilité

Au-delà du verdict américain, des experts cubains et internationaux s'interrogent sur la capacité réelle de l'État à appliquer ces réformes. Les infrastructures juridiques et logistiques sont vétustes, la corruption endémique, et la banque centrale manque de réserves de change. Le Fonds monétaire international, sans se prononcer officiellement, a laissé entendre que le plan manquait de cohérence macroéconomique. La Havane, de son côté, réaffirme sa souveraineté et assure que « le peuple cubain décidera seul de son destin ». La confrontation de fond entre Washington et La Havane, sur fond de crise humanitaire, ne semble pas près de s'achever.